A B L E AU X DE
LA SUISSE .
Ce neàî qu’en 1^36 que les habitans de cette Châtel-lenie embrassèrent la Réformation : elle donne son nomà un des Colloques de la Souveraineté de Neuchâtel.
La Châtellenie du Mal-Travers (67), ou Mau-Tr avers ,est placée aux confins , du Bailliage de Grandson, desMairies de Verrieres & de Chaux-d’Etalieres, & de laSeigneurie de Travers. Ce district consiste dans un grandvallon, arrosé dans toute fa longueur par la riviere laReusc , que l'on volt sourdre, au pied d’un rocher, àSaint-Sulpy ou Saint-Sulpice , où elle met d'abord enmouvement nombre de moulins & d’ufines; elle fournitaux habitans de bonnes truites, qui se plaisent dans seseaux.. Outre ce vallon, le Val de Travers comprend leshautes montagnes qui le bordent, & que la nature enri-chit de bois, de pâturages, de fourrages & de minéraux.On lui donne Jix à sept lieues de circuit, & l'on y compteau-delà de trois mille cinq cens habitans. 11 forme, àcitre de Châtellenie, la quatrième des Jurisdictions del’Et&t ; 6t après celle de Vallangin, c’en est la plus éten-due, comme elle est, après celle de Neuchâtel, une des.plus peuplées. L’on y trouve les villages de Motier , deCouve t , de BovereJJ'e , de Fleurier , de Saint-Sulpy &Buttes , avec les hameaux de Plancemont & de Tremal-mont , qui valent des villages, & une multitude de mai-sons isolées, dispersées fur les montagnes du district, &habitées, les unes pendant l’été seulement, & les autrespendant toute l’année : celles-ci, pour la plupart, fontJa demeure d’Artistes 6c d’Artifans ; & celles-là font l’ha-biratiort passagère des Vachers & des Agriculteurs. Lesvillages occupent le vallon & l’embellissent. Tous ontdans leur situation respective quelque chose de remar-quable , soit pour la singularité, soit pour l’agrément.Buttes 6c Saint-Sulpy sont resserrés par des montagnesqui semblent leur dérober le jour , & les séparer du restedu monde; tandis que tout est riant dans les divers em-placemens de Fleurier , de Motier , de Couvet (*) 6c deBovereJJe. II y a d’ailleurs dans tous ces villages desmaisons propres 6c commodes, dont la construction an-al once la liberté , l’activité , l’aiíance & l’industrie. L’ondoit dire en général, que son séjour n’est pas plus celuide la paresse & de i’indigence , que celui de la contrainte6c de la stupidité. Au-dessus de Buttes , on volt l’em-placement de l’ancien château de RouJJìllon 3 ce nomnous rappelle celui de Gérard dê RouJJìllon , person-nage (68) célébré dans les annales de la France, à quiles Historiens ont donné le nom de Comte de Bourgogne.II fut défait près de Pontarlier, dans le temps des guerresoù il tendit le parti de l’Empereur Lothaire contre Charles.Ce Gérard, qui avoit (69) construit u’autres châteaux
forts, pouvoit bien avoir établi celui de Roussillon, quifaisoit alors partie de la Province de Bourgogne.
Le château de Motier , situé fur une éminence à 1 Oc-cident , 6c à une demi-lieue du village de ce nom , f er-voit autrefois de demeure aux anciens Barons du M^ &Travers , originaires de la Franche-Comté. II contenoit,outre des bâtimens logeables, une chapelle, des prisons,une fontaine dans la cour, & une citerne dont on vortencore des vestiges. Des murs épais de six pieds formoientson enceinte, fortifiée par plusieurs tours, les unes rondes,6c les autres quarrées. La plus grande partie de ce châ-teau est aujourd’hui ruinée, ou a été démolie; ce quien reste sert de logement pour un Concierge, qui a so Isldes prisonniers qu’on y renferme quelquefois. Les cachotssont sous terre, 6c ne reçoivent de lumière que pat uneouverture étroite pratiquée dans la partie supérieure dela voûte. L’un des appartemens que l’on a conservé, aun grand bassin, qui paroît avoir été destiné pour y,prendre le bain.
Le Val de Travers est devenu célèbre par le séjour deJean-Jacques RouJJeau à Motier, beau village situé dansun vallon arrosé par la Renie, à un quart de lieue de lagrande route de France, qui va de Saint-Sulpice a Bo-veresse 6c à Couvet. La mémoire de cet homme extra-ordinaire , 6c l’intérêt qu'inspirent tous les détails de favie, nous engageroient à parler ici de ce qui lui arrivaà Motier, si nous n’en avions donné une notice dans I eTableau de la Suisse littéraire. II venoit (70) d’être decrété de prise-de-corps à Genève. Le Gouvernement àeBerne l’avoit fait sortir de la ville d’Yverdon, où il avoirdemeuré quelque temps. II chercha un asyle dans l eSmontagnes de Neuchâtel. Protégé par Milord K-Mhyalors Gouverneur de ce pays, il se fixa à Motier en i7^ 2 *II y vivoit tranquillement, cultivant la Botanique, jouantdu clavecin, ôc ignoré du monde, quand un nouvel 0 r^g®éclata sur lui. II fut insulté : quelques pierres, q u on ^ Ulsit croire avoir été jettées dans les vitres de son i°ë ement, lui persuadèrent qu’il alloit être traité en martyrde ses opinions. II quitta Motier le lendemain de cettealarme (en 1767 ) & se réfugia dans l’ifle de Saint-P ierìefau lac de Bienne, d’où il fut obligé de se sauver encore*
M. Bernoulli n’a pas oublié , dans fa Description
( 7 1 ),
du Comté de Neuchâtel, un trait qui honore les na
des défa*ils lu»de
tans de Couvet. Au premier bruit qui leur parvintgrémens que Rouseau venoit d’essuyer à Motierdéputèrent trois Notables, pour lui offrir, au nom ^leur communauté, une maison toute meublée dansvillage ; ils l’assuroient en même temps de leur emprement à lui rendre tous les offices possibles d’esome
sse-
(67) Leu, ibid. tom- XVIII, pages 263-264. Tsckarner, ibid. tom, H ,pages 181-184. Sinner, ibidem-, tom. I, pages '247-250, &c.
Planche-, n°. 16 3. - 1
(68) Comte de Bourgogne en 834, Comte de Paris en 858, fondateurde P Abbaye de Vezelaï en Bourgogne? & mort en 867 ; il étoit fils deLeutarde, Comte en Alsace, & de Grimilde, & petit-fi!s de I.uitfrid II,Comte en Alsace, mort vers 800 , de qui deseendoient les Comtes deHabípourg, Landgraves de la haute-Alsace.. Gérard de Roujsùion eut desa femme Bertlie, fille de Pépin, Roi,d Aquitaine, Thëoderic, mort sansenfans, 8c Eve, qui vivoit en 86s , suivant une charte. Voye^ les Tablesgénéalogiques, . des augustes maisons d’Autriche 8c de Lorraine , par M. le
aron de Zur-Lauben , pag. 60.
(69) Voyez Dunod , Histoire de la Franche-Comté, 6ce. popê 1
(70) M. de Sinner a rapporte', dans le premier volume de o ^
ms la Suisse occidentale, pag. 250-146, des Lettres 8c des Anecdoteissantes fur la retraite du Philosophe de Genève à Motier 8c a ” ^e Saint Pierre. On peut aussi voir les Planches numéros 1° ’° ’fllotiet
?, y;, '61 double, 6 3, 84,96 double, 144 Lc 23? , wr le local asr)ir
: Phabitation de Rousseau dans ce village, avec le tableau e ^ re j armens & celui de l’insulte qu’il y essuya, si on en croit que *ï u
on s clu temps.
s-n 1 ^ Pa o-
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