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bienveillance. On peut juger combien le cœur de Rousseau.fut sensible à ces propositions aussi obligeantes ; mais do-cile au conseil que lui avoir donné Milord Maréchal deKeith , son protecteur, de quitter le Comté de Neu-châtel, il eut la fermeté de ne pas accepter l’ossre d'aussigénéreux voisins , & son étoile l’entraîna dans l’Isle devs aint-R terre.
Les montagnes qui bornent le district de Motier versle Sud, renferment plusieurs grottes remarquables. Cellequi mérite le plus d’attention, a une lieue de long. Sonouverture est dans l’intervalle de deux rochers perpendi-culaires, qui ont plus de quatre-vingt pieds de haut. Dusommet de ces rochers se précipite un torrent qui formeune belle cascade. A l’Est est la grotte (*) en question,qui présente d'abord un grand vestibule en arcade, haut detrente & un pieds : pius loin, la voûte surbaissée jusques auniveau du terrain, ne laisse qumne entrée, où l'on ne peutpénétrer qu’en se couchant fur le ventre. A droite est unelarge fente dans le rocher supérieur, qui peut aussi servird’ouverture. Ici l’on commence à allumer les chandellesdont on doit s'être pourvu ; & l’on trouve d’abord unevaste étendue de terrain, dans le fond duquel il y a ordi-nairement de l’eau. On monte ensuite avec assez de faci-lité, puis on parvient à une surface de niveau, couvertede pierres, détachées vraisemblablement de la voûte su-périeure , qui a cinquante pieds dans fa plus grande hau-teur , & quinze dans fa partie la moins élevée, fur unelargeur proportionnée. Les côtés de cette grotte font encertains temps de l’année chargés dë grosses masses de lacLunx , ou lait de Lune très-blanc. Lorsque vous le pre-nez au rocher même qui le produit, il est fort pesant, &si vous le serrez dans la main, il fe résout en eau. Mais siaprès savoir détaché, vous le mettez dans un vase deterre bien verni, & exactement fermé, en le laissant sé-cher à l’ombre, la matière conserve toute sa blancheur,ne diminue point en volume, & devient poreuse & légere,sans qu'o n puisse découvrir ce qu’est devenue toute l'h ti-midité dans laquelle ce lait se résolvoit d’abord. Est-ellevolatile, devient-elle un corps solide ; & dans ce derniercas, pourquoi cette matière perd-elle de fa pesanteur ?C’est une question à proposer aux Physiciens. En parcou-rant l’intérieur de cette vaste caverne, on trouve plu-sieurs bassins remplis de l’eau qui distille continuellementde la voûte. Ils font environnés d’une matière semblableau tuf; leurs bords se resserrent à mesure qu’ils s'élevent,& recouvrent l’eau qu’ils renferment ; de forte que telbassin , qui dans son fond a plus de six pieds de diamètre,n’en a pas trois dans fa partie supérieure. II est évidentque c’est l’eau tombant de la voûte, qui produit ce tuf,puisqu’on découvre aisément les augmentations successi-ves en hauteur & en épaisseur ; & ce qu’il y a de singulier,c’est que l’on voit fur la surface des bords de ce bassin,Lc en solide, toutes les ondulations que les gouttes quitombent, forment ordinairement fur l’eau. On peut mê-me observer la différence de ces ondulations, lorsque lerocher distille plus abondamment, parce que les couches
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font alors plus grandes & les replis plus profonds. Cesbassins font mois dans leurs extrémités : mais ce qui a étérendu solide précédemment, est entierement pétrifié, sansavoir changé de forme extérieure. Cette grotte a un grandnombre de soupiraux ; on en voit même sur les côtésd’assez grands pour qu’on puisse pénétrer fort avant dansçe sens-là. Partout on remarque diverses figures bizarresauxquelies l’imsgination prête des ressemblances , maisqui ne font autre chose que des masses de lait de Lune pé-trifié. II y a d’autres endroits où le rocher supérieur laisseen distillant sur les pierres du fond une substance terreuse,qui a la couleur de la terre sombre. Elle est si fine & íìdéliée, qu’étant réduite en poudre , elle devient impalpa-ble. Au reste, on ne trouve dans ces vastes souterrainsd’autres animaux que des chauve-souris. Au bout d’unelieue le fond de la grotte se rétrécit, & ne permet pas dôpénétrer plus avant.
Le rocher qui touche à l’Ouest la cascade dont on àparlé, est êntierement creux, & a plusieurs ouvertures àtrente pieds au-dessus du niveau du terrain. L’eau en fortà gros bouillons en jaillissant, & forme un ruisseau qu’onnomme îa Sourde. A côté de la plus grande de ces ouver-tures est une autre caverne assez spacieuse, & qui percefort avant dans le rocher. Mais on ne sautoir la parcourirparce qu’à trente pieds de son ouverture, on rencontre unpuits qui en occupe toute la largeur. Si on y jette despierres, on les entend bondir, heurter les parois intérieurs. pendant plus de deux minutes, & enfin tomber dans l’eau*Le district de Motier renferme en outre plusieurs sourcesd’eau très-salutaires. Les Amateurs de i’Histoire Naturelletrouveront dans ce quartier quantité de marcaffîtes, despierres figurées, des cornes SAmmon grandes & petites ,des échinites, des madrépores, des dendrites très-belles,des boucardes & des pétoncles de toutes les especes. Onfait combien la Principauté de Neuchâtel & Vallangin engénérai fournit de coquillages fossiles & de plantes mari-nes pétrifiées. Nous renvoyons le Lecteur à l’Ouvrageintéressant (72) de M. OJîerwald fur ce pays , nous enavons emprunté le tableau que nous venons de décrire.
Voisin des frontières de la France, & pourvu depuistrente ans de chemins très-praticables, le val-Travers faitactuellement un grand commerce de commission, dont ledépôt principal est à Suint-Sulpice. II s’en exporte aussiquantité de dentelles, travaillées fur les lieux, de mêmeque beaucoup d*ouvrages d’horlogerie , d’ustensiles debois & de fer, de cuirs préparés, de papier, & beaucoupde beurre & de fromages. 'Tous ces objets de débit, fabri-qués dans Fenceinte même de la Châtellenie, attestent auloin Inintelligence & le savoir-faire de ses habitans z & ilsleur procurent en retour les grains, les vins , &c. que lefol & le climat leur refusent. Le climat en effet n’est pointchaud dans le val-Travers , mais en échange ii est très-sain ;& la vie, pour l’ordinaire, s’y prolonge avec vigueur ôcgaieté. Le fol de même ne peut qu’en être universellementfertile ; la surface en est trop inégale : mais si dans ces en-droits élevés il ne produit que des bois, de I’herbe & de
(*) Planche, n°. i44* ......
Í7*) Description des montagnes Sc des vallées qui font partie de la Principauté de Neuchâtel 8c Vallangin.