TABLEAUX DE
LA SUISSE.
Le bourg de Moutkr (*) est très-bien bâti : cetteparoisse comprend les villages de Roche & de Béprachon.C est au village de Roche que commence une doublechaîne de rochers, entre lesquels la Birse est resserréeenviron trois quarts de lieue. Les coquillages pétrifiésabondent dans tout ce district. La sixième & la derniereparoisse , de la Religion Réformée , dans le Val deMoutier est celle de Grandval ou Grandvaux , en alle-mand Granfelden , à une demi-lieue de Moutier, & furla frontière du Canton de Soleure. Cette paroisse contientencore les villages Echerj Crèmine , fur la petite rivièrede ce nom; & Corcelle.
La partie Catholique du Val-Moutier, au-dessous desRochers a pour chef-lieu la paroisse de Correndelin ,ou Courrendelin , qu’on appelle Rennendorf en allemand.Ce lieu est appellé dans d’anciens ( 55 ) actes RondelaCurtis . Le mot de Curtis , Courts fe retrouve dans lacomposition de plusieurs noms de lieux de l’Evêchéde Râle; Courgemont } Courtelory, Court. On fait, quedans le moyen âge, le mot Curtis signifient une pos-session, un bien environné de murs , & quelquefois leíìege d’une Justice. Curtis , qu’on trouve dans la LangueGrecque (56) , dans la Latine ôc dans la Celtique, estun de ces mots primitifs, qui font communs à dissérensidiomes. La vue des napes (**) d'eaux de la Birse au-dessous du martinet (***) de Correndelin est remarquable.Ce village est à une lieue de celui de Roche , dont j’aiparlé. Les montagnes de l’Evêché de Baie abondent enfer. On en trouve en dissérens endroits du Mont-Jura;on volt à Correndelin des forges, qui appartiennent àl’Evêque.
Sans les bornes prescrits à ces Tableaux Topo graphiques^on détaílleroit ici i’administration du Val-Moutier , tellequ’elle est gérée .au nom du Prince-Evêque de Bâle; leTraité d , Arherg ì en 1771, qui a fixé les deux partitionslocales des Catholiques & des Réformés, réglé aussiPerdre politique & civil.
IV. L’Erguel (57) est une contrée assez considérable :elle a du couchant au levant, c’est-à-dire , de Convers àReiben , dix lieues, & cinq dans fa plus grande largeur,du nord au midi, depuis le pied du Mont Freyenberg 9jusqu à celui de Vieffe , Elie a pour limites au levant lesCantons de Soleure 6c de Berne ; au midi le mêmeCanton de Berne, la Mairie de Bienne , la paroisse Orvin,la montagne de Diesse & le comté de Vaîlangin ; aucouchant, elle touche le même comté & lé Freyenberg ,qui appartient à l’Evêque de Bâle, & au nord , elle est
bornée par le même Mont Freyenberg, & la Prévôtéde Moutier- Grandval. Ce pays est entrécoupé de mon-tagnes & de vallées, entre lesquelles celle de Saint -Imier est la plus étendue. Toute cette contrée est fertile,fur-tout en pâturages & en toutes fortes de fruits. II s yfait un commerce très - considérable en chevaux ôc enbétail. Le pays est rempli de gibier. L’air y est pur 6 csain, quoique sujet aux brouillards. On y trouve desminéraux, du petroleum , &c. La Su^e produit d’excellenspoissons, fur-tout de petites truites très-délicates. Leshabitans font d’une belle taille, fort laborieux, gais 6 cpleins de probité. Leur nourriture eíì simple, ils fe nour-rissent de leur bétail. Ils ont plusieurs manufactures,fur-tout d’horlogerie. Le nombre des habitans de 1 un& l’autre sexe va à sept mille. La plupart d’entr’eux par-lent un patois , un François corrompu. Trois villages»Perle ou Biertelen , Montmeigni ôc Reiben y parlentl’allemand. L’Evêque de, Bâle a la souveraineté fur cepays; la ville de Bienne y possede le droit du port desarmes , fixé par les Traités de 161 o & de 1731* LaReligion Réformée est la feule qui s’exerce dans ce pay s ,en vertu des Traités conclus à ce sujet. Le Clergé yforme une classe, qui jouit de plusieurs droits, avec unpouvoir étendu. II y a huit paroisses & un diacre com-mun. Le pays est gouverné par un Baillis, que l’Evêquôétablit, 6 c qui doit être de la Religion Réformée. LeMagistrat réside à Courtelary , ôc il est tenu de jugerd’après les coutumes & franchises de VErguel. Les causescriminelles fe décident par les Maires du Bailliage, fousla présidence du Baillis ; le Prince n’y a que le droit defaire grâce. Cette contrée faifoit anciennement partie duRoyaume de Bourgogne, 6 c s’appelloit alors Sufinge'On l’a depuis nommée le Val de Saint - Imier , ViU LSSancli I-Iimmerii ou Immerii , & en allemand Sant-lM'merthal, à l’honneur d’un Saint Anachorète de ce nom(58), qui vivoit au commencement du septième siecle-Cet Hermite, d’une naissance distinguée, natif de Lug /ieou Lugners , dans la paroisse de Damphéreux ou Danjfreux (yp), près de Porentru, avoit choisi fa retraite dansVErguel, qui étoit alors un désert. II y bâtit une égb^ eou Chapelle à l’honneur de Sdint-Martin , où il fut depuisenterré; cette église étoit devenue avec le temps unMonastère , connu fous le nom de la Celle de- SaintImier. L’Empereur Charles Legros étant àRatiíbonne ,
26 Septembre 884, annexa (do) à l’Abbaye de Granval, la Celle de (61) Saint-Imier ,- le village ( 62 ) eBertry , ôc celui de Reconvillier ( 6z ), qui est ademi-lieue de Tavanne. Le Roi de Bourgogne, Conra ,
(*) Planches , numéros 191 Sc
(jí) Suivant un titre de 834 » rapporte par M, Schoepjìm , Alsatia diplo-matica » tom. I» p-P? 94 -
(; 6 ) En Grec le tnot x‘p r ° s signifie de ! herbe, 8 c auffi un lieu fermé.Voyez le Dictionnaire d ’Hefychius. Le mot Hortus des Latins n’a pas d’au-tre origine ; les lettres aspirées fe changent aisément. ( Note de M. det Sinner. )
(**) Planche , numéro Voyez auffi la Planche «54, q u j 0 ff re j avue de la gorge des rochers au-dessus de Correndelin.
p***) Planche, numéro 198. On trouve auffi» Planche z$o, la vue' fie laforge Cabsrel au-dessus de Corcandelin,
(57) Leu, ibidem , tom. VI» p. 589.350 , 8c tom. X, p. iíï'íf**Tscharner, ibidem, tom. I, p. 181-182, Lee. 1;
(j8) Mureri Helvetia Sancta. Suiani Baíîlea Sacra, p- Lc 4 L cfiinì Alsatia illustrata , tom. I, p. 558 , &c, 'né?t*
(íp) Un Acte de 1234 nomme ce village DanfríoL ( HergoU > eHabsburgic., vol. II, p. 147-248.)
(60) Schoepflini Alsatia diplomatica, tom. I, p. 93-? 4 *
(61) Celiam Sanóti Irr.ëni cum fuis adjacentiis. . . e u
(6r) Villam Bydericam dum Capellâ. Le village Bertry ou Bu en
François Lery , est du yal de Sant-Imicr, en allant à Bienne.
(63) Rechonisì/íllare.
n QîflîUC