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commence le pont. On étend âcon perfectionne ensuite l’ouvragede la tète, qui ne sçauroit ctretrop fort.
L’Armée doit marcher peu detems après le Corps détaché pourcette expédition, afin qu’il ne soitpas trop de tems fans protection,étant à présumer que l’Ennemisera un effort considérable pourbattre ce détachement, & se garan-tir des inconvéniens dans lesquelsils pourroit tomber, fi l’Arméepaffoit fans opposition cette riviè-re ou ce défilé.
Le pasjage d’une grande rivièreheureusement exécuté par le moyend’un pont, est d’une grande utilité,quand il porte une Armée jusqu’àun défilé, dont la posseflìon donnela tranquillité à des quartiers sépa-rés, que l’on veut faire prendreaux Trouppes. Nous en avons unexemple dans ce que fit M. le Ma-réchal de Turenne en 1672.
Ce Général fit faire un pont àWefel avec tant de diligence, queson Armée passa cette rivicre,fans quel’Eledleur de Brandebourg put avoirle tems de rassembler ses quartiers,qu’il leva avec assez de confusion,Âr qu’il fit marcher séparémentjufqu’au - delà du défilé de Berken-baum, où il n’ofa pas même s’ar-rêter. II alla encore passer le We-zer, abandonnant ainsi toute laWestphalie à M. de Turenne, quiy racommoda tranquillement pen-dant tout l’Hyver son Armée,fatiguée des mâches qu’elle avoitfaites.
On loua beaucoup la diligencede M. de Turenne à passer le Rhin,avant que l’Electeur eût puavoir le tems de rassembler lèsquartiers, & la vivacité avec la-quelle ce, grand Général fit mar-cher son Armée jufqu’au défiléde Berkcnbaum. Car il n’auroitété d’aucune utilité à M. de Turen-ne d’avoir passé le Rhin dans cette
saison, s’il n’avoit chassé l’Ele-cteur de toute la Westphalie, &il n’auroit encore pu établir sûre-ment les quartiers de ses Troup-pes, s’il n’avoit poussé ce Princeau-delà de ce défilé de Berken-baum & du Wezer.
Lorfqu’on veut s’oppofer à la con-struction d’un pont fur une riviere,telle que le Rhin , qui débordequelquefois, & sort de son lit pourentrer dans de vieux lits, qu’il oc-cupe par ses eaux qui laissent cepen-dant des espaces de terre plus éle-vés, & qui demeurent à sec entrele véritable lit du Rhin & cesvieux lits, on ne le fait avec suc-cès qu’avec une Armée égale. Unpetit Corps n’ofe fe commettre deprès à l’inconvenient de fe trouverde plein pied devant une Arméesupérieure, dès que le Rhin en seretirant a laissé à sec le terreinde son vieux lit, que l’on croiroitêtre une riviere, si on ne con-noissoit pas le pays.
Dans les palj'aget des rivières &des défilés, dont la réussite est ca-pitale pour l’exécution d’un dessein,il faut que le Général soit vigilantpour prévenir son Ennemi; actif,pour avoir exécuté son dessein avantque l’Ennemi soit en état de s’op-poser à l’exécution, & précaution-né contre tous les inconvéniensqui peuvent survenir, & dont sou-vent un seul est capable de fairemanquer le projet. Le pasj'age del’Escaut à Berkeim , fait par lePrince Eugène en 1708. décida dela perte de la citadelle de Lille.
Un Général qui s’étcnd le plus,pour empêcher que sonEnnemi ne luisurprenne le paffage d’une riviere,est celui qui s’oppose le moins effi-cacement à cette opération de guerre.Le seul moyen sûr de s’opposcr àl’exécution d’un pareil projet deson Ennemi, est de 1c tenir ensem-ble, à une portée raisonnable deslieux où l’Ennemi peut entrepren-