S E R
S E R
?r>
II y a une espèce de science (ditl’Auteur des Mémoires du servicejournalier de l’infanterie) à bienmettre un Soldat sous les armes, àlui apprendre à les porter de bon air,h bien porter fa tête, ses pieds, & àbien mettre son chapeau. Ce sontdes choses fur lesquelles il est très-important qu’ils reçoivent des in-struôlions d’un habile homme;car ils se resi’entent toujours des pré-mieres impressions. Les Sergentdoivent s’armer d’une grande pa-tience , pour dresser certains Soldats.II y a des naturels dociles, d’autrcsvifs, d’autres grossiers, & durs : ilfaut prendre les uns par honneur,& par douceur, fans les intimider,& d’autres avec plus de sévérité,mais bien prendre garde de ne re-buter, ni les uns ni les autres, &de les engager, s’il se j peut, Rap-prendre l’exercice avec plaisir-, enfinfaire ensorte, qu’ils s’y portent debonne volonté par des ménagemensb' prudence leur doit suggérer.J’ai dit ailleurs comment ils doiventfaire le prêt ; du foin qu’ils doi-vent avoir, pour que leurs Soldatsvivent a l’ordinaire ; à avec quel-le régularité le Sergent de semainedoit faire soir ôc matin ses ap-pels, &c.
C’est le matin que ce Sergent desemaine doit faire balayer les cham-bres, les escaliers, en faire ôter lesordures, & araignées, faire faireles lits, faire laver les mains, & levisage aux Soldats mal propres, lesfaire bien peigner, & attacher leurscheveux étant de service, ou non;st faut qu’il prenne garde qu’ilsayent leurs cols bien mis, leur che-mise attachée par le cou, à par lesmanches, qu’ils ayent le Dimanchedu linge blanc, que leur chapeausoit bien retroussé ; qu’il n’y aitrien de décousu à leur habillement,ni aucune tache. II doit aussi avoirattention qu’ils ayent leurs bas bienroulés, leurs souliers graissés : il
§r6
doit aussi les accoutumer à bienmettre leurs ceinturons, ensortequ’ils portent leurs épées de bonnegrâce fur le côté & non derrièreeux. II faut encore qu’il ait foinque les Fratres rasent exactementles Soldats deux fois par semaine.Tous ces menus détails, qui parois-se n t des bagatelles, font néanmoinsd’une conséquence infinie : car unSoldat n’est souvent que ce qu’onle fait valoir. Si l’on se relâche sili-ces moindres foins, il se néglige,devient crasseux, tombe malade,oula galle lui vient, qu’il communi-que à ses camarades. Voilà quelledoit être la propreté du Soldat queje n’avois que légèrement touchéeau mot de propreté. Pour celle desSergent : comme on leur recom-mande si fort de tenir la main à lapropreté des Soldats, ces attentionsles regardent encore de plus prèspour eux-mêmes, étant obligés deleur donqer un bon exemple : ain-si ils doivent se piquer d’étre misde bon air dans quelque situation,où ils se trouvent, & sur-toutquand ils paroissent fous les armes.Dans cet état ils doivent avoir leurscheveux attachés, leurs juste-au-corps boutonnés, leurs ceinturons& épées fur l’habit, une paire degants aux mains, fans bâton, nicannes, armés de leurs hallebardes,dont le fer doit être bien clair , &la hampe brunie : il ne leur estpas permis de porter des fusils, àl’exccption des Sergens de Gre-nadiers.
C’est à eux de prendre garde queles Caporaux commandent les Sol-dats par rang d’ancienneté, & avecjustice, & à empecher qu’on necommande ceux qui font incommo-dés. J’ai dit ailleurs que les Ser-gent forment le grand cercle à Tor-dre suivant Tancienneté de leur Ré-giment, <k de leur Compagnie;mais il n’y a que le Sergent de se-maine, qui y va. Ç’est à eux
quand