MINÉRALOGIE. 551
que l’on nomme pépites. Dans cet état, appelé natif ou vierge, l'Or peut facilement s’é-tendre sous le mari eau, ou être coupé avec une lame tranchante, ce qui suffit pour lefaire distinguer de celte foule de minéraux dorés que l’on a confondus si souvent aveclui, et qui ont donné lieu à tant de méprises.
L’Or natif se trouve dans quelques roches en forme de petites veines ; on le rencontreaussi, disséminé en paillettes, dans ces sahles et terrains d’alluvion que nous avons vusrenfermer des Diamants. En outre, quelques rivières charrient des sahles aurifères, et,pour ne citer que la France, nous dirons que le Rhône, la partie supérieure du Rhin ,l’Ariége,la Cèse et plusieurs autres, transportent ce métal en assez grande quantitépour qu’il ait pu devenir l'objet de travaux et de lavages, et que les orpailleurs oupailloteurs, hommes qui en font métier, gagnent à ce travail moyennement vingt outrente sous par jour.
La méthode employée pour l’extraction et la purification de ce métal interposé dansles pierres consiste dans le pilage, l’amalgame et fignition. S'il y a mélange de métaux,l’on a recours aux dissolvants ou à la fusion.
L’Or monnayé n’est pas pur; celui des bijoux ne l’est pas non plus, et cela tient à laquantité de cuivre ou d'argent qu’il faut allier avec lui pour parer à son peu de dureté,et lui permettre de circuler sans perdre son empreinte. De là ce qu’on appelle lelitre, c’est-à-dire la valeur réelle de l’Or pur contenu dans un objet quelconque. L’essaidu litre se fait le plus ordinairement à l’aide de la pierrede touche et de l’eau-forte, quienlève l'alliage et laisse l’Or intact ; on juge de son titre par l’intensité de la trace quirésiste à l’acide.
Nous avons fait mention de la ductilité et de la malléabilité de l’Or. Vous en jugerezmieux quand vous aurez appris qu’un grain peut s’étendre sous le marteau du batteuren une feuille de cinquante pouces carrés ; qu’une statue équestre, de grandeur naturelle,peut se dorer en plein avec une pièce de vingt francs ; enfin qu'une once d’or peut re-couvrir et dorer très-exactement un fil d’argent long de quatre cent quarante-quatrelieues.
VArgent se trouve aussi à l’état natif, comme l’Or, mais le plus souvent on le ren-contre dans de véritables mines, dans ces souterrains profonds auxquels on n’arrivequ’avec des frais immenses, accompagnés de beaucoup de peine et de grands dangers.Comme la plupart des métaux se trouvent dans des mines pareilles, et que le moded’exploitation est le même partout, nous nous bornerons à la description d’une mined’Argent en Suède , qui présente aux naturalistes un des plus beaux spectacles.
On entre dans cette mine par trois larges bouches, semblables à des puits dont on nevoit point le fond. La moitié d’un tonneau, soutenu par un câble, sert à descendre dansces abîmes, au moyen d’une machine que l’eau fait mouvoir. On a pour compagnon unmineur qui entonne tristement une chanson lugubre, et qui tient un flambeau à la main.Quand on est au milieu de la descente, on commence à sentir un assez grand froid : onentend les torrents qui tombent de toutes parts ; enfin, après une demi-heure, on arriveau fond du gouffre. Alors la crainte se dissipe : on n’aperçoit plus rien d affreux ; aucontraire, tout brille dans ces régions souterraines : on entre dans une espèce de grandsalon, soutenu par des colonnes de minerai d’argent ; quatre galeries spacieuses y vien-nent aboutir. Les feux qui servent à éclairer les travailleurs se répètent sur 1 argent des