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l'Europe que bien des rois et bien des " ,es. Des États considérables, des peuplesentiers, depuis plus de cent générations, doivent leur prospérité, leur gloire, leur im-portance à ce petit Poisson. Sa fécondité est si prodigieuse, (pi on a calculé que sipendant vingt ans un seul être de cette espèce pouvait se multiplier sans troubleet sans perte de frai ni de frélin, le nombre des individus (pii en résulterait, formeraitune masse dix fois plus grande (pie toute la terre. Ces animaux extraordinaires ont leurdomicile près des glaces du pôle nord ; c'est là qu’ils déposent leurs oeufs, et c’est de làqu'ils descendent tous les ans en troupes de plus de cent lieues de long, pour chercherdans nos climats une température [dus douce, ou pour échapper à leurs ennemis mortels,les Haleines et les Phoques. Ces troupes se partagent en deux colonnes à la hauteur del'Islande, et tandis qu'une partie vient visiter les côtes de l’Europe et de l'Afrique ,l'autre se dirige vers celles du continent américain . Telle est leur abondance dans lesmers on ils se répandent, qu’on en remplirait cinquante mille barriques par jour si l’onpouvait suffire à ce travail. Ils sont si pressés, qu’ils rendent la mer impraticable auxchaloupes, et qu'on les puise comme de l'eau dans des tonneaux et des cruches. Voilàune histoire bien surprenante, n'est-ce pas, et bien propre à vous donner des doutessur notre véracité; mais attendez, il vous est réserve une surprise bien plus grandeencore, et c’est que ce Poisson merveilleux, prodigieux, extraordinaire, je le dis avec
regret, s'appelle tout simplement, tout prosaïquement, tout bourgeoisement.
le Hareng.
Oui, c’est le Hareng qui exécute ces voyages gigantesques d’un pôle à l'autre. C’est,le Hareng qui forme la principale richesse de plusieurs nations et qui joue un rôle si con-sidérable dans la politique européenne. Si le Hareng cessait d’exister, la Hollande, qu'ilalimente et qu’il enrichit, ne survivrait pas à sa perte; le Danemark et la Suède,qui lui sont aussi redevables d’une partie de leur fortune, porteraient longtemps le deuil.En un mot, la disparition du Hareng produirait dans l’économie publique une de cesrévolutions qui bouleversent les destinées de plusieurs générations.
Le Requin, de la famille des Squales, est le plus grand, le plus féroce et le plus fortdes Poissons ; il parvient jusqu’à une longueur de trente pieds ; il pèse quelquefois prèsde mille livres, et on prétend même qu’il en existe qui ont quatre fois ce poids. Impétueuxdans ses mouvements, avide de sang, recherchant sans crainte toutes sortes d’ennemis,les attaquant, les combattant avec une violence irrésistible, se mesurant hardiment avecles Baleines et les Cachalots, rapide dans sa course, répandu sous tous les climats, ayantenvahi toutes les mers ; paraissant souvent au milieu des tempêtes ; aperçu facilementpar l’éclat phosphorique dont il brille au milieu des ombres de la nuit ; menaçant desa gueule énorme les infortunés navigateurs exposés aux horreurs du naufrage, leur fer-mant toute voie de salut, leur montrant en quelque sorte leur tombe ouverte, le Requinest incontestablement le plus effrayant, le plus redoutable des animaux carnassiers.
Le Requin a le corps allongé, la tète aplatie, les yeux saillants et louches. Ses dents,au nombre de cent quarante-quatre, sont disposées sur six rangées, anguleuses, et tel-lement tranchantes, que les habitants des îles de l'Océanie les emploient comme rasoirs.Elles ont de plus la propriété d’être mobiles, et l’animal peut, à l’aide d’une quantitéde muscles, les plier ou les dresser à volonté.
Le diamètre de leur gueule est de trois à quatre pieds ; la largeur immense de leur