577
ZOOLOGIE.
bouche leur permet d’avaler des corps énormes, et on a trouvé quelquefois dans leurventre des hommes tout entiers. Toutes les proies leur sont bonnes : ils engloutissenttout ce qui se présente, même le bois et le fer. On dirait que plus ils mangent, plus ilssont affamés. Pareils au Tigre , leur avidité de chair et de sang est insatiable. Ils dé-peupleraient l’Océan, si la nature, en leur refusant des mâchoires d’égale longueur eten plaçant la mâchoire inférieure à un pied du museau, n’avait mis des entraves â leurrage destructive. Cette conformation singulière les oblige à se coucher sur le côté poursaisir leur proie, et donne à celle-ci le temps de leur échapper. Les Nègres profitentdu moment où les Requins se retournent pour les frapper ; ils plongent sous eux etleur ouvrent le ventre avec une arme tranchante.
Les mers d’Amérique nourrissent des Raies dont les dimensions sont gigantesques.Le P. Labat raconte en avoir vu une dont la longueur totale, depuis l’extrémité de labouche jusqu'à l’extrémité de la queue, était de vingt-cinq pieds. Le corps avait deuxpieds d’épaisseur; la peau était aussi forte que du cuir, et toute parsemée de tuberculespleins de celte matière visqueuse à l’aide de laquelle ces Poissons glissent entre les mainsde qui veut les prendre. « Les Européens, ajoute le bon missionnaire, ne voulurent pasmanger de ce monstrueux poisson ; les Nègres, moins difficiles, en coupèrent les mor-ceaux les plus tendres, les salèrent avec soin, et en remplirent des barriques. » La RaieCéphaloptère de la Méditerranée a la tète tronquée, et les nageoires pectorales tellementprolongées en avant qu’on les prendrait pour deux longues cornes.
C’est toujours au milieu des mers (pie les haies font leur séjour; mais elleschangent d’habitation suivant les différentes époques de l’année. Pendant la mau-vaise saison elles habitent le fond de la mer; lâ elles rampent sur la vase ou secachent parmi les algues et autres plantes marines, attendant, comme un chasseuradroit, qu’une proie vienne à passer. Vers le printemps, c’est-à-dire au moment du frai,elles se rapprochent des côtes, elles se pressent autour des rochers qui bordent le rivage,elles nagent à la surface de l’eau ou plutôt elles volent avec une vitesse et une légèretéqui les a fait appeler Aigles de mer. Elles sont très-avides, mais non cruelles; ellesn’immolent jamais de victimes sans nécessité : elles épargnent la proie qui leur est inutile.
La famille des Theutys nous offre un Poisson connu vulgairement sous le nom deChirurgien, à cause de la grosse épine mobile et tranchante comme une lancette qu’ilporte de chaque côté de la queue, et avec laquelle il fait de grandes blessures. L'Acan-lure-Chimrgien est jaune varié de noir, et habite les mers des Antilles .
Le groupe des Acanthoplérygiens, à pharyngiens labyrinlhiformes, renferme desPoissons remarquables par l’existence de cellules très-compliquées situées au-dessusdes branchies. Ces cellules servent à retenir une certaine quantité d’eau qui entretientles branchies dans un état d’Immidité lorsque l’animal se trouve hors de son élément,s oit par accident, soit par l’effet de sa volonté. Celte singulière conformation permet àces Poissons de vivre quelque temps à sec, et on en rencontre souvent à une très-grandedistance des ruisseaux et des étangs où ils font, leur séjour ordinaire. Les Anabas scan-<lens de l’Inde sont les Poissons qui présentent cet appareil labyrintlnforme porté à sonplus haut degré de complication. Aussi vivent-ils autant sur la terre que dans l’eau, et°n prétend meme qu'ils grimpent sur le tronc des palmiers pour aller se rafraîchir dansI eau de pluie amassée dans les feuilles.
58