lus OISKAUX
I IS
«les Heurs vil a leurs dépens sans les tlétrir; il ne l'ait «lue pomper leur miel, ele’esl. à cel usage que sa langue paraît uni(]uement destinée. »
Voilà une de ces pages brillantes «lu’on ne saurait trop admirer, et qui ouiplacé llutton parmi les premiers prosateurs de notre langue. Le plumage del’Oiseau-Mouche n’a pas plus d’élégance, de richesse et de coloris que cettemagnifique description; mais il s’agit ici d’histoire naturelle, et non pasd'alle-gories mythologiques : l’esprit le plus disposé aux illusions ne saurait voir dansl'Oiseau-Mouche un volage amant des fleurs, espèce de petit-maître en minia-ture, paré de velours, d’or et de pierreries, voltigeant de belle en belle, et dis-tribuant ses laveurs à des êtres qui ne sont pas de son espèce. Si l’Üiseau-Mouche boit le nectar des Heurs, il y cherche avant tout une proie vivante:voilà les jouissances innocentes qu’il leur demande, et son inconstance en amourconsiste à quitter une fleur où il vient de becqueter un Insecte, pour se dirigervers une autre fleur, où il espère en becqueter un second. Comparez avec cesgracieuses fictions la biographie authentique du petit /Subis de la Caroline.contee sans exagération, mais non sans chaleur, par un homme qui dit cequ’il a vu, et vous pourrez juger comparativement le poète el l’historien. Avantde vous présenter cette traduction pâle et maigre du texte anglais d’Audubon .exposons succinctement les caractères spécilhpies de l'Oiseau- Mouche petit/Subis: c'est le Trochilus colubris de Linné; on le nomme aux États-Unis l’Oi-srAU-M u k.m u he (/lumminçj-Bird), à cause du bourdonnement de ses ailes.Sa taille est de trois pouces ; il est vert doré en dessus, blanc grisâtre en dessous,et sa gorge est d’une couleur de rubis très-brillante, qui est remplacée chez lafemelle par une cravate blanche ; la queue est peu fourchue, composée de rec-Irices grêles; le bec est droit, noir, ainsi «pie les tarses.
« Quel est celui qui, voyant cette mignonne créature bourdonner dans levague des airs, soutenue par ses ailes harmonieuses, voler de fleur eu fleuravec des mouvements vifs et gracieux, et parcourir les vastes régions de l’Amé-rique , sur lesipielles on dirait qu'elle va semer des rubis et des émeraudes :quel est celui, dis-je, qui, voyant briller cette particule de l’arc-eu-ciel, nesentira pas son âme s’élever vers l’auteur d’une telle merveille? Car si Dieu n'a pas doté tous les hommes du génie qui crée à son exemple, il ne refuse àaucun le don d'admiration.—Quand le soleil ramène le printemps el fait éclorepar milliers les germes du Règne végétal, alors apparaît ce petit Oiseau-Mouche,se jetant rà et là, porté sur ses ailes de fée; il inspecte avec soin chaque fleurépanouie, et en relire les Insectes qui s’v étaient introduits, de même qu’unfleuriste diligent veille sur sa plante chérie pour la délivrer des ennemis inté-rieurs qui pourraient altérer le tissu délicat de ses pétales. On le voit suspendudans les airs, qu’il frappe d’un frémissement si rapide, que son vol simule unecomplète immobilité : il plonge un regard scrutateur dans les recoins les pluscachés des corolles, el par les mouvements légers de ses plumes, il semble,éventail vivant, rafraîchir la fleur qu’il contemple; il produit en même tempsau-dessus d’elle un murmure doux et sonore, bien propre à assoupir les Insectesqui y sont occupés à butiner. Tout à coup il enfonce dans la corolle son beclong et menu; sa langue molle, fourchue et enduite d'une salive glutineuse,s'allonge délicatement, et va toucher l’Insecte, qu elle ramène aussitôt avec elle