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eelte éclipse d’un nouveau genre, la fiente des Pigeons tombai! comme une neigeépaisse, et leurs ailes produisaient un sifflement monotonequi provoquait le som-meil. Le calcul que fit Audubon pour évaluer la quantité de ces Oiseaux luidonna un résultat effrayant. « Supposons, dit-il, une colonne d’un mille de lar-geur ; supposons qu’elle effectue son passage en trois heures : comme sa vitesseest d’un mille par minute, sa longueur sera de cent quatre-vingts milles, com-posés chacun de mille sept cent soixante yards : si chaque yard carré est occupepar deux Pigeons, on trouvera que le nombre de ces Oiseaux est de un milliardcent quinze millions cent trente-six mille ( I,•115,15(5,000). Or, chaque individuconsommant dans une journée une demi-pinte de fruits, la nourriture d’unebande exige huit millions sept cent douze mille (8,712,000) boisseaux de grainpspar jour. »
Les troupes émigrantes se tiennent bien au-dessus de la portée d’une fortecarabine; dès qu’un Faucon vient menacer leur arrière-garde, les rangs sontserrés, une masse compacte se forme, exécute les plus belles évolutions aérien-nes, se précipite vers la terre avec l’impétuosité d’un torrent; puis, lorsque seszigzags multipliés ont lassé la persévérance de l’ennemi, elle rase le sol avecune vitesse inconcevable, et, se levant de nouveau comme une colonne majes-tueuse, elle reprend ses ondulations, imitant dans l’air, mais sur une échelledémesurée, la marche sinueuse d’un Serpent.
Dès que les Pigeons aperçoivent de loin une quantité suffisante de nourriture,sur les arbres ou dans les campagnes, ils se disposent pour une halte : on lesvoit voler en tournant pour explorer les environs, et ces mouvements circulaires,dans des plans diversement inclinés, font briller tour à tour les belles couleursde leur plumage. Dans une position, toute la bande se revêt d’un bleu clair, quibientôt après est remplacé par un pourpre foncé : bientôt ils se glissent dansles bois, et disparaissent sous le feuillage. Ils dépouillent les arbres de leursfruits, et découvrent adroitement, sous les feuilles desséchées qui jonchent lesol, les fruits et les graines de l’année précédente. Vers midi, les Oiseaux vontse reposer et faire la digestion sur les arbres voisins; mais lorsque le soleildisparaît sous l’horizon, tous s’envolent en même temps, et retournent en massevers le juchoir commun, situé souvent à plus de cent lieues de leur réfectoire.
Cette fidélité au juchoir leur est fatale, depuis que l’homme est venu prendrepossession des solitudes américaines. C’est toujours un bois de haute futaie queles Pigeons choisissent pour lieu de repos : mais sous ces arbres séculaires, oùils vont arriver au commencement de la nuit, se prépare une horrible scène dedestruction. Des populations entières de chasseurs et de fermiers viennent lesy attendre longtemps avant le coucher du soleil ; les uns arrivent avec des cha-riots vides qui seront remplis dans quelques heures, les autres amènent destroupeaux de Porcs qui doivent s’engraisser surplace de la chair savoureuse etsucculente des Pigeons. Chacun fait ses préparatifs : les fusils sont chargés, lestorches allumées; les réchauds pleins de soufre dont la vapeur doit étouffer lesPigeons, sont prêts; enfin, vers neuf heures du soir, un cri général se fait en-tendre : lesvoilà ! Ils arrivent en effet, et leur passage agite l’air comme la brisequi annonce l’ouragan : leurs innombrables légions s’abattent sur les arbres, etalors commence une scène de carnage et de confusion difficile à décrire; les