Band 
Deuxieme partie.
Seite
182
JPEG-Download
 

182

les oisi: al x.

observé, il n’est qu’un poète élégant toutes les fois qu’il prête aux animaux dessentiments et des mœurs imaginaires :

« Dans toute société, soit des animaux, soiL des hommes, la violence lit lestyrans, la douce autorité fait les rois. Le Lion et le Tigre sur la terre, l’Aigle et leVautour dans les airs, ne régnent que par la guerre, ne dominent que par l'abusde la force et par la cruauté ; au lieu que le Cygne régne sur les eaux à Ions lestitres qui fondent un empire de paix : la grandeur, la majesté, la douceur, avecdes puissances, du courage, des forces, et la volonté de n’en pas abuser, et de neles employer que pour la défense. Il sait combattre et vaincre, sans jamais atta-quer ; roi paisible des Oiseaux d’eau, il brave les tyrans de l’air, il attend l’Aigle,sans le provoquer, sans le craindre ; il repousse ses assauts, en opposant à sesarmes la résistance de ses plumes et les coups précipités d’une aile vigoureusequi lui sert d’égide; et souvent la victoire couronne ses efforts. Au reste, il n'aque ce lier ennemi : tous les Oiseaux de guerre le respectent, et il est en paixavec toute la nature; il vit en ami ' qu’en roi au milieu des nombreusespeuplades des Oiseaux aquatiques, qui toutes semblent se ranger sous sa loi ;il n’est que le chef, le premier habitant d’une république tranquille où les ci-toyens n’ont rien à craindre d’un maître qui ne demande qu’autant qu’il leuraccorde, et ne veut que calme et liberté. »

Voilà, certes, le portrait d’un roi constitutionnel dans toute la beauté dumot; mais vous ne pourrez vous empêcher de penser que Buffon, en écrivantcette utopie politique, avait perdu de vue le Cygne, dont il se faisait l’historien.L’Aigle peut, à la rigueur, être nommé le tyran (le l’air, puisque tous les Oi-seaux sont exposés à sa voracité ; mais le Cygne n’est nullement le roi desOiseaux d'eau, puisque le moindre d’entre eux peut le braver impunément.En quoi l’Aigle et le Tigre abusent-ils de leur force? il leur faut une proievivante, et ils s’en emparent à l'aide des moyens que la nature leur a donnés.Le Cygne est piscivore, et il obéit à son instinct sans remords comme sanscrime. Si même on tient compte de la quantité de victimes, le Cygne est beau-cou]) plus féroce que le Tigre , car celui-ci dévore beaucoup moins de Gazellesque l’Oiseau n’avale de petits Poissons. Mais laissons toutes ces fictions, que laraison ne peut supporter un instant, et hâtons-nous d’admirer la poésie appuyéesur la vérité :

« A la noble aisance, à la facilité, à la liberté de ses mouvements sur l’eau, ondoit le reconnaître, non-seulement connue le premier des navigateurs ailés,mais connue le plus beau modèle que la nature nous ait offert pour l’art de lanavigation. Son col élevé et sa poitrine relevée et arrondie semblent, en effet,figurer la proue d’un navire fendant fonde; son large estomac en représente lacarène; son corps, penché en avant pour cingler, se redresse à l’arrière, et serelève en poupe; sa queue est un vrai gouvernail, ses pieds sont de largesrames, et ses grandes ailes, demi-ouvertes au vent et doucement enflées, sont lesvoiles qui poussent le vaisseau vivant, navire et pilote à la fois. »

Le C vu ne a bec noir (Anus Cygniis, de Linné ) ne diffère nullement duprécédent sous le rapport des formes extérieures; seulement le bec est noir àbase jaune, et la couleur blanche du plumage est teintée de gris jaunâtre ; maisl’organisation intérieure présente une différence notable: chez le Cygne à bec