Band 
Deuxieme partie.
Seite
204
JPEG-Download
 

205

LES REPTILES.

rans, qui se tiennent le long du (lot, eu enlèvent une partie ; pour surcroît demisère, les Requins attendent celles qui ont réussi à se plonger dans l’Océan, etlèvent un dernier impôt sur cette race infortunée. Là s’arrêtent les tribulationsdes jeunes Tortues; bientôt leur double bouclier va se durcir, s’armer d’écaillesépaisses, et elles braveront tous leurs ennemis. 11 en est encore un cependant,contre lequel cette arme défensive sera impuissante : c’est l'homme. Les naviga-teurs, épuisés parles fatigues et les privations d'un voyage de long cours, trou-vent dans la cbair de la Tortue franche un aliment précieux. Ces animauxabondent autour des Antilles , et surtout dans un petit archipel situé près de laterre ferme, et nommé Torlugas; elles sont communes aux îles du cap Vert , del’Ascension, à l’île de France, à Madagascar , aux îles Séchelles, Sandwich.Galapagos, et dans le grand océan Atlantique , au delà même des zones tropi-cales jusqu’au 50 e degré de latitude. En ^52, on prit dans le port de Dieppe une Tortue franche qui pesait neuf cents livres, et qui avait six pieds de longsur quatre de largeur. Deux ans après, on pêcha dans le pertuis d’Antioche,à la hauteur de l’île de Rhé, une autre Tortue plus grande encore, qui avaithuit pieds quatre pouces depuis le museau jusqu’à la pointe de la queue. Sonfoie donna à dîner à plus de cent personnes, el l’on en tira plus de cent livresde graisse. Ces dimensions prodigieuses rendent croyable l’assertion de Plineet de Diodore, qui ont écrit que les Chéionophages (mangeurs de Tortues ), ha-bitant le littoral de la mer Rouge , employaient en guise de nacelle la carapacedes grandes Tortues marines. Dampier cite une Tortue beaucoup plus grandeencore que celles dont nous venons de parler, dont la carapace avait quatre piedsde profondeur et six pieds de largeur. Sur ce bateau, un jeune enfant s’em-barqua pour aller, à un quart de mille de distance, gagner le navire que sonpère commandait dans la baie de Fernambouc.

On prend les Tortues , soit en les harponnant comme des baleines, à la sur-face de l’eau, soit au moyen de filets que l’on tend près des îlots où elles vien-nent brouter les algues, soit enfin en les surprenant lorsqu’elles sont venues àterre pour faire leur ponte : dans ce dernier cas, on les tue sur place, ou, si letemps ne permet pas de les emporter, on se contente de les chavirer sur le dosavec des pieux ; mais celle opération demande une grande célérité, parce qu’elleslancent le sable autour d'elles avec leurs pieds en nageoires, et peuvent blesserleurs ennemis. On peut conserver des Tortues ainsi chavirées pendant prèsd’un mois, si l’on a soin de les arroser d’eau de mer quatre ou cinq fois par jour.

La Tortue caoua.ne ( Tesludo caretia, de Linné ) n’atteint pas les dimen-sions de la Tortue franche : sa longueur ne dépasse guère quatre pieds, et sonpoids s’élève à trois ou quatre cents livres. Le caractère spécifique qui la dis-tingue de la précédente est le nombre des plaques du disque de la carapace : ily en a quinze au lieu de treize. Sa tète est aussi plus grosse, el sa couleur estmarron foncé: on la rencontre dans l’Océan et dans la Méditerranée; c’est laplus courageuse et la plus vorace des Tortues; elle se nourrit de buccins, dontelle broie sans peine les coquilles, à l’aide de ses mâchoires robustes. Sa chair esthuileuse, rance, coriace et musquée, mais ses œufs sont excellents; elle fournitune huile qui sert pour l’éclairage, que l’on emploie pour préparer les cuirs,et donton enduit les vaisseaux, qu’elle préserve des tarels, à cause de sa fétidité.