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Deuxieme partie.
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LES POISSONS.

pouvant respirer que par l'intermède de l’eau, vous auriez donné à celle-ci lafaculté de tenir en dissolution une certaine quantité d’air, et même d’oxygènepur; mais un organe respiratoire analogue aux poumons 11e pouvant recevoirnn liquide qui, par son introduction, suffoquerait à l’instant l’animal, vous au-riez retourné l’arbre respiratoire (comme on retourne un gant, permellez-moicette comparaison presque triviale), vous auriez ramené ses branches vers l’ex-térieur du corps, et l’eau chargée d’oxygène, au lieu de s'introduire dans la ca-vité de l’arbre respiratoire, pour baigner la surface intérieure, baignerait celtemême surface, qui, de concave qu'elle était, est devenue convexe : en un mol,vous auriez donné à vos animaux des branchies au lieu de poumons.

A fi 11 de rendre moins sensibles pour eux les variations de température, dansles voyages qu’ils exécutent d'un jour à l'autre sous des latitudes différentes,vous auriez doué leur corps de la faculté qu’ont tous les corps inertes de semettre en équilibre de chaleur avec les milieux dans lesquels ils sont placés; end’autres termes, vous en auriez fait des animaux à sang froid , que n’auraientpu impressionner les vicissitudes de la température environnante, puisquecette impression résulte du contraste entre la chaleur du dedans et le froid dudehors.

Pour qu’ils fussent des animaux à sang froid, vous ne vous seriez pas con-tentée de les faire respirer dans un liquide peu riche en oxygène, vous leur auriezde plus retranché le coeur gauche : c’est, en effet au moyen de l’impulsion de cecoeur que le sang artériel, lancé dans les organes, développe, par sou frottementrapide, une grande partie de la chaleur vitale des animaux supérieurs.—Dans lesvôtres, ainsi privés du cœur gauche, le sang veineux envoyé par le cœur droitaux branchies eût quitté celles-ci après avoir été artérialisé, et n’eût eu d’autreimpulsion pour parvenir aux organes que celle du sang veineux, venant lui suc-céder dans les branchies.

Le sang restant donc froid chez ces animaux, une vitalité moins énergique,des mouvements moins puissants que chez les autres Vertébrés en eussent étéla conséquence nécessaire ; et vous auriez mis en rapport avec cette inférioritéleur appareil sensitif, dont la perfection eût été un luxe inutile : les organes dessens étant peu développés, vous auriez proportionné le volume du cerveau auximpressions qu’il devait en recevoir.— Leur tact, émoussé par les écailles dontvous aviez cuirassé leur corps, n’eût eu pour siège que la peau mie de leurslèvres. — Leur goût 11’eût pas été moins obtus : à quoi leur eût servi la facultéd’apprécier la saveur d’une proie qu’ils ne pouvaient saisir qu’avec la bouche, et«à la course? Aussi leur langue eût-elle été presque immobile, pauvre en filetsnerveux, et souvent plaquée de lames osseuses. — Leur odorat ne s’exerçantqu'imparfaitement à travers l’eau, qui 11e peut transmettre aussi bien quel’air les vapeurs odorantes, vous auriez négligé de placer les narines sur lepassage de l'eau que l'animal introduit dans son organe respiratoire. —Leur respiration s’exécutant sans le concours de l’air élastique, il en fûtrésulté pour eux une privation complète de la voix, qui est l’un des prin-cipaux moyens de communication entre les individus d’une même espèce; or,vous n'auriez pas pris la peine d’organiser une ouïe bien subtile pour des êtresmuets, et leur appareil auditif, privé d'oreille externe, de tympan, de limaçon,