LES POISSONS.
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se fût réduite au vestibule et aux canaux demi-circulaires. — La lumière nepénétrant que faiblement dans les profondeurs des mers, vous leur auriezdonné de grands yeux, sans paupières, à pupille large et immobile, pour qu’ilspussent recevoir un plus grand nombre de rayons, dans le séjour obscurqu’ils habitent; mais ces rayons parvenant à l’organe de la vue après avoirtraversé un liquide dont la densité est presque égale à celle des parties trans-parentes de l’œil, n’eussent pas été brisés assez fortement si vous n’aviezfavorisé la vision par un cristallin sphérique, possédant une puissance énormede réfraction.
De leur peu de sensibilité aurait résulté pour eux l’absence des plaisirs et dela souffrance : le besoin impérieux d’aliments, la faim, eût été presque la seulepassion de leur vie; et comme cette voracité les eût rendus ennemis les unsdes autres, leurs instincts, leur industrie, leurs manœuvres se fussent bornéesà poursuivre une proie et à fuir un ennemi.
Quant à la reproduction de ces animaux, vivant ainsi aux dépens les uns desautres, vous auriez voulu, pour assurer la perpétuité des espèces, que la fe-melle fût aussi féconde que possible : elle eût donc été ovipare ; mais les œufspondus, ne pouvant être ni couvés ni surveillés par la mère, auraient été ex-posés à des dangers de toute espèce; alors vous auriez diminué pour eux leschances d’une destruction totale, en rendant leur nombre immense.
Enfin, vous souvenant des intentions du Créateur, vous auriez donné à cesanimaux les formes les plus élégantes et les plus symétriques, les couleurs lesplus brillantes et les plus variées, autant pour attirer sur eux les regards del’homme, que pour les marquer d’un signalement visible qui aidât les espècesà se reconnaître dans les profondeurs ténébreuses de l’Océan. Quant à la ri-chesse de leur parure, vous n’auriez guère songé à en faire un attrait mutuelentre des animaux qui ne connaissent ni les affections conjugales, ni le senti-ment de la paternité, ni même celui de l’amour maternel; qualités moralesque vous avez eu tant d’occasions d’admirer chez les Mammifères, chez lesOiseaux, et même chez les Reptiles.
En exécutant ainsi le mandat que vous avait confié l’Etre suprême, vousauriez créé des animaux vertébrés, ovipares, à sang froid, vivant dans l’eau etrespirant par des branchies : vous auriez créé les Poissons .
Nous venons en effet de vous signaler les caractères principaux de la classedes Poissons, à l’aide d’une supposition propre à vous faire comprendre com-ment se coordonnent les lois qui ont présidé à l’organisation des Etres animés :nous ajouterons quelques détails de structure à cet exposé général.
Quant à la destination providentielle des Poissons , vous la comprendrezmieux encore quand vous connaîtrez les ressources prodigieuses que leursinnombrables espèces fournissent à l’homme ; vous prendrez alors en pitié lepessimisme de quelques économistes chagrins, qui s’effrayent des progrès dela population, et s’évertuent à démontrer qu’un jour viendra, tôt ou tard, oùtous les points du globe étant cultivés et civilisés, l’espèce humaine sera enproie aux privations de la misère, parce que le nombre des consommateursdépassera les moyens de subsistance ; vous rirez de leurs alarmes, en pensantque l’Océan renferme dans les nombreuses couches de ses eaux de quoi suffire