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nage en arrière aussi bien (|u’en avant, et sa peau est si glissante, qu’on ne peutla saisir.— L’Anguille vit également dans la mer et les eaux douces ; ellequitte ordinairement la mer dans sa première jeunesse pour remonter dans leseaux douces, et n’y retourne qu’à l’âge adulte. Ou trouve les Anguilles dansles étangs et les mares aussi bien que dans les rivières; le jour, elles se tien-nent enfoncées dans la vase ou cachées dans des trous à deux issues, qu’ellesse creusent le long du rivage. Dans les chaleurs de l'été, elles fuient les eauxstagnantes dont la corruption les ferait périr : elles se cachent alors sous lesherbes des rivages, et même profitent de l'obscurité de la nuit pour se trans-porter à travers champs dans un étang, dans une rivière ou dans la mer : cesvoyages sont quelquefois très-longs, et I on rencontre souvent la nuit, danscertaines prairies, des Anguilles qui rampent sur l’herbe comme des Serpents.Lorsque la sécheresse est extrême, au lieu d’émigrer, elles s’enfoncent profon-dément dans la vase et y restent enfouies jusqu’à ce que l’eau y soit revenue ;on a vu des Anguilles vivre ainsi pendant plusieurs années, et reprendre leuragilité dès qu’elles retrouvaient leur élément naturel.
Le Congre ( Mitrœna Conger, de Linné ) est une Anguille dont la dorsalecommence assez près des pectorales ou même sur elles; la mâchoire supérieureest plus longue que l'inférieure. Il habite toutes les mers de l’Europe ; sa tailleatteint quelquefois cinq à six pieds, et sa grosseur celle de la jambe; les na-geoires dorsale et anale sont bordées de noir, et la ligne latérale qui régne lelong de ses flancs est ponctuée de blanchâtre; c’est un Poisson peu estimé.
La Murène {Muræna Ilelenu, de Linné ) manque tout à fait de nageoirespectorales; les branchies s’ouvrent par un petit trou de chaque côté; leursopercules sont minces, leurs rayons très-grêles et cachés sous la peau. — CePoisson est tout marbré de brun et de jaunâtre ; il atteint souvent une longueurde trois pieds et plus. 11 est très-répandu dans la Méditerranée ; les anciens enfaisaient un grand cas. Le Humain Ilirrius est le premier qui ait conçu et exé-cuté le projet d’établir «les viviers destinés à ne contenir que des Murènes, etce fut lui qui, dans un repas donné à César, qu’on venait de nommer dictateur,fil servir six mille Murènes, dont le prix s’élevait à une somme énorme. Celleinconcevable célébrité accordée à la Murène, par une prédilection qui tenaitde la folie, se soutint pendant plus de deux cents ans. Antonia, illustre Ro-maine, issue d’une des premières familles de l’empire, pleura une Murènechérie, morte dans les viviers de Baies. Crassus fut plus affligé de la perte d’unde ces Poissons qu’il ne l’avait été de la mort de ses trois enfants. Les Romainsétaient parvenus à apprivoiser des Murènes, au point qu’elles accouraient à lavoix de leur maître : on mettait aux opercules de ces Poissons des anneauxd’or semblables aux pendants d’oreilles que portaient les jeunes Romaines, etde petites Murènes d’or, assemblées en forme de chaîne, et disposées en collier,furent longtemps un des objets de parure qui distinguaient les femmes de lianteextraction.
Enfin, pour comble de démence et de dépravation, quelques riches Ro-mains ajoutaient à leur nom celui des Poissons dont ils faisaient leurs délices ;et dans la Ville où les anciennes familles s’étaient si longtemps glorifiées dessurnoms que leur décernait la reconnaissance publique, dans la Ville où Mu-