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Deuxieme partie.
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Vous avez vu noire Fourmi-Lion creuser, déblayer sa lusse; vous allez couuai-Ire maintenant le parti qu’il tire de ses travaux : regardez au fond de l'entonnoir,vous verrez paraître les deux cornes de l’animal ; elles sont ouvertes et un peuélevées au-dessus du fond ; le centre de ce fond se trouve précisément au mi-lieu de l'espace qui est entre elles; le corps de l’Insecte est caché sous les pa-rois de l’entonnoir. Placez une Fourmi dans le voisinage de cette cavité; laFourmi, qui va et vient sur le sable, arrivera au bord de la fosse, le bord decelle-ci s’écroulera en partie sous son poids, et la Fourmi se trouvera sur untalus à pente roide ; comme elle a aussi son instinct conservateur, qui l'avertitqu’elle est en péril, elle fera de vigoureux efforts pour gravir cette montagneescarpée et regagner la plaine. Quelquefois, malgré la mobilité du sable quiroule sous ses pieds, elle parvient à grimper jusqu’au bord ; mais le ravisseur,qui se tient au fond de son repaire, a été averti, par l’éboulement des grains desable, qu'une proie était dans son voisinage : alors avec sa tête, comme avecune pelle, il jette en l’air le sable qui la recouvre, ayant soin de diriger son jetdu côté où a eu lieu l’éboulement. La Fourmi, qui reçoit cette grêle subite, estentraînée vers le bas; cependant elle redouble d’efforts et regagne un peu deterrain ; c’est alors que l’ennemi ' ses attaques : les jets de sable se suc-cèdent sans interruption; enfin la victime, étourdie, meurtrie, terrifiée, accabléepar l'orage incessant qui vient l’assaillir, roule jusqu’au fond du précipice, ettombe entre les deux griffes meurtrières ouvertes pour la recevoir, qui lui sai-sissent le corps et le percent en se fermant. C’est pour cela que l’Insecte dontnous vous faisons l’histoire a été appelé Lion des Fourmis, et qu’on le connaîtcommunément sous le nom de Formica-Leo.

Le Formica-Leo, maître de sa proie, la tire un peu sous le sable, l’y cache,au moins en partie, et la suce à son aise. La longueur de son repas dépend duvolume du gibier: une Fourmi est pour lui l’affaire de dix minutes; s’il a prisune grosse Mouche bleue, il n’en vient à bout qu’en deux ou trois heures. Lors-qu’il en a tiré tout ce qu’elle a de succulent, il la tient faiblement entre sescornes prêtes à s’ouvrir et à l'abandonner; il donne un coup de tète, et jetteau loin le cadavre inutile. Mais son entonnoir a été déformé par la ma-mruvre qui vient d’avoir lieu ; il le reconstruit promptement et se tient à l’al'-fùt, attendant un nouveau butin. Il est patient, car il peut attendre; un longjeûne ne l'épuise pas. Oubliez-le dans son sable pendant trois mois, six mois,un an même, vous le trouverez un peu maigre, mais son appétit lui est resté :et vous pourrez vous en convaincre en mettant sur son sable une Mouche pri-vée de ses ailes; elle sera bientôt happée, sucée, desséchée, et lancée hors dutrou par l’animal. Sa voracité n’épargne aucun Insecte, tout lui est bon : lesFourmis d’abord sont sa proie la plus ordinaire; mais les Chenilles, les Mou-ches, les Cloportes, les’ Araignées même sont pour lui un très-bon régal. LeFormica-Leo est lion même pour sa propre espèce : s’il y en a un qui tombedans le trou d’un autre, il est saisi, percé, et fournit un très-bon repas à sonsemblable.

Ce n’est pas seulement par l’éboulemenl des grains de sable que le Formica-Leo est averti de l’approche d’une proie; il peut aussi ia voir, car il a douzeveux, six de chaque côté, réunis sur une petite éminence qui est située en