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« .le sais qu’on court risque de se tromper quand on cherche minutieuse-ment les causes finales des plus petits faits; mais dans celui-ci, le hut et lemoyen m’ont paru si clairs, «pie je me hasarde à donner cette conjecture.
« Quelques minutes après que nos deux Reines se furent séparées, leurcrainte cessa, et elles recommencèrent à se chercher ; bientôt elles s’aperçurent,et nous les vîmes courir l’une contre l’autre ; elles se saisirent encore commela première fois, et se mirent exactement dans la même position ; le résultat enfut le même : dès que leurs ventres s’approchèrent, elles ne songèrent plus qu àse dégager l'une de l’autre, et elles s’enfuirent. Les Abeilles Ouvrières étaientfort agitées pendant tout ce temps-là, et leur tumulte semblait s’accroîtrelorsque les deux adversaires se séparaient; nous les vîmes à deux fois diffé-rentes arrêter les Ileines dans leur fuite, les saisir par leurs jambes, et les rete-nir prisonnières plus d’une minute. Enlin, dans une troisième attaque, celledes deux Iteines qui était la plus acharnée, courut sur sa rivale au momentoù celle-ci ne la voyait pas venir ; elle la saisit, avec les dents à la naissance del’aile, puis monta sur son corps et amena l’extrémité de son ventre sur les der-niers anneaux de son ennemie, qu’elle parvint facilement à percer de son ai-guillon : elle lâcha alors l’aile qu’elle tenait entre ses dents et retira son dard;la Reine vaincue tomba, se traîna languissamment, perdit ses forces très-vite,et expira bientôt après. «
Lorsque la jeune Reine est restée paisible possesseur de l’autorité souve-raine, sa légitimité n’est pas reconnue sur-le-champ par ses nouveaux sujets,qui, tout en la tolérant, la voient avec une sorte d'indifférence ; mais dés qu'auretour de ses excursions dans les airs, elle a commencé à pondre des œufs, lesOuvrières l’accueillent avec toutes sortes de respect. Ce sentimentqui prend l’ap-parence d’une affection si vive, est probablement l’effet de quelque sensationagréable que les Reines font éprouver à leurs Abeilles, et qui est indépen-dante de leur fécondité.
La ponte de la Reine est quelquefois tardive ; quand celle ponte est retardéejusqu’au vingt-deuxième jour, à partir du moment où la Reine est parvenue àl’état parfait, celle-ci est inhabile à pondre des œufs d 'ouvrières et de femelles ;elle ne pondra que des œufs de Faux Bourdons , ce qui entraîne à la longue laperte de la ruche. Ce cas, heureusement très-rare, a été observé par Réau-mur, qui ne put en découvrir la cause ; c’est à Iluber que nous en devons l’ex-plication.
Au mois de juillet ou d’août, quand la saison des essaims est passée, et queles Reines ont commencé à pondre, les Faux Bourdons sont tous mis à mort parles Ouvrières; celles-ci 11e voient plus sans doute en eux que des citoyens inutilesqui affameraient la ruche en consommant ses provisions. Les Faux Bourdons ,étant privés d’aiguillon, ne peuvent lutter contre leurs exécuteurs : 011 voit lesOuvrières les poursuivre jusqu’au fond des ruches, où ils se réunissent en foule ;elles les saisissent par les antennes, les jambes ou les ailes, et après les avoirtiraillés, ou, pour ainsi dire, écartelés, elles les tuent à grands coups d'aiguil-lon, qu’elles dirigent entre les anneaux du ventre : à peine cette arme redou-table les a-t-elle atteints, qu’ils étendent leurs ailes et expirent. Les meur-triers les frappent encore plusieurs fois de leurs dards, puis ils vont arracher