47 4 INSECTES HYMÉNOPTÈRES.
Vous allez comprendre toute la portée de la découverte faite par le pasteurSchirach : puisqu'il est démontré que les Abeilles qui ont perdu leur Heine peu-vent s’en procurer une autre, pourvu qu’il se trouve dans leurs gâteaux du cou-vain d'ouvrières dont l’âge ne passe pas trois jours, il en résulte que l’honnnepeut à volonté faire naître des Reines dans une ruche, en enlevant la Reinerégnante. Si donc on divise en deux une ruche suffisamment peuplée, l'une deces moitiés conservera la Reine, et l’autre moitié ne tardera pas à s’en procurerune; mais pour le succès de l'opération, il faut choisir un moment propice, etce choix n’est facile et sûr que dans les ruches en livre; ce sont les seules oùl’on puisse voir si la population est suffisante pour permettre la division, si lecouvain a l’âge requis, et s’il y a des Faux Bourdons nés ou près de naître, pourformer le cortège de la jeune Reine.
Quand toutes ces conditions se trouvent réunies, voici le procédé qu’il fautsuivre : on sépare par le milieu la ruche en livre, sans lui donner aucune se-cousse ; on glisse entre les deux demi-ruches deux cadres vides, qui s’appli-quent exactement contre les autres, et qui sont fermés en fond de boîte du côtépar lequel ils sont adossés. On cherche à savoir dans laquelle des deux moitiésse trouve la Reine régnante, et on la marque pour ne pas l’oublier. Si parhasard elle était restée dans celle des deux divisions où il y a le plus de cou-vain, on la fait passer dans celle où il y en a le moins, afin de donner auxAbeilles le plus de chances possibles pour se procurer une autre femelle. Il fautensuite rapprocher les deux demi-ruches, et avoir soin qu’elles occupent surla planche du rucher la même place qu’avant l’opération. (Le moindre déplace-ment désoriente les Abeilles, qui périssent plutôt que de retrouver leur ruche.)L’ouverture qui avait servi d’entrée aux Abeilles dans leur ruche jusqu’à ce mo-ment devient inutile; on la ferme donc; mais, comme il faut que chaque demi-ruche ail sa porte, on en pratique une à chaque extrémité, c’est-à-dire au basdes deux cadres les plus extérieurs. Cependant, pendant les premières vingt-quatre heures, les Abeilles privées de leur Reine doivent être tenues prison-nières dans leur ruche ; sans cette précaution, elles sortiraient bientôt pourchercher leur Reine au dedans et au dehors du rucher, elles ne manqueraient pasde la trouver dans la division où on l’aurait placée; elles y fileraient en grandnombre, s’y fixeraient, et il n’en resterait plus assez dans l’autre partie poul-ies travaux nécessaires; au lieu que cet accident n’arrive point si on tient leurporte fermée pendant vingt-quatre heures; car, comme vous allez le voir bien-tôt, cet espace de temps suffit pour leur faire oublier leur Reine.
Reprenons nos Abeilles au moment où cette Reine vient de leur être en-levée : elles ne s’en aperçoivent pas d'abord, elles n’interrompent pointleurs travaux, elles font toutes leurs opérations ordinaires avec la mêmetranquillité ; mais au bout de quelques heures elles s’agitent, tout paraît entumulte dans leur ruche, on entend un bourdonnement singulier; les Abeillesquittent le soin de leurs petits, courent avec impétuosité sur la face des gâ-teaux, et semblent être en délire. Celte agitation provient de la connaissancequ'ont les Ouvrières de l’absence de leur Reine ; car dès qu’on la leur rend, lecalme renaît au milieu d'elles à l'instant même, et ce qu'il y a de bien singu-lier, c’est qu’elles la reconnaissent : prenez cette expression au pied de la lettre;