Band 
Deuxieme partie.
Seite
475
JPEG-Download
 

FAMILLE DES ME LL 1 K ÈK ES.

473

et ce qui le prouve, c'est que si on substitue à la Reine légitime une Heine étran-gère dans les douze heures qui suivent l’enlèvement, l'agitation continue, et lesAbeilles traitent l’étrangère comme elles le font quand le trône n’est pas va-cant, c’est-à-dire qu’elles la saisissent, l'enveloppent de toutes parts, la retien-nent captive dans un massif impénétrable, pendant un espace de temps très-long. Pour l’ordinaire, cette Reine y succombe, soit par la faim, soit parla privation d’air.

Lorsqu’on a laissé passer dix-huit heures avant de substituer une Reineétrangère à la Reine enlevée, la nouvelle venue est traitée d’abord comme celledont nous venons de parler; mais les Abeilles qui l’avaient enveloppée se las-sent plus vite; le massif qu’elles forment autour d’elle n’est bientôt plus aussiserré ; peu à peu elles se dispersent, et enfin cette Reine sort de captivité.Quelquefois elle expire dans l’espace de quelques minutes.

Mais si on attend vingt-quatre heures pour cette substitution, l’étrangèresera bien accueillie, et régnera dès l’instant où elle sera introduite dans laruche. Une absence de vingt-quatre heures suffit pour faire oublier aux Abeillesleur première Reine; et, ce qui prouve que chez les Abeilles le principe de lalégitimité, loin d’être une question personnelle, repose sur la volonté nationaleet les exigences de la situation actuelle, c’est que si, après l’installation de lanouvelle dynastie, la première Reine veut tenter une restauration dans son an-cien royaume, elle est étouffée par ses propres su jets. Voici une expérience d’Ilu-ber qui achèvera de vous faire connaître l’instinct monarchique des Abeilles.

« Le 13 août 17i)l, dit-il, j'introduisis dans une de mes ruches vitrées uneReine féconde âgée de onze mois ( c’est-à-dire prête à faire sa seconde ponte) ;les Abeilles étaient privées de Reine depuis vingt-quatre heures, et pour réparerleur perte elles avaient déjà commencé à construire douze cellules royales sup-plémentaires. Au moment où je plaçai sur le gâteau celte femelle étrangère, lesOuvrières qui se trouvaient près d’elle la touchèrent de leurs antennes, passè-rent leurs trompes sur toutes les parties de son corps, et lui donnèrent du miel ;puis elles firent place à d’autres, qui la traitèrent exactement de la même ma-nière. Toutes ces Abeilles battirent des ailes à la fois, et se l angèrent en cercleautour de leur souveraine. Il en résulta une sorte d'agitation qui se communi-qua peu à peu aux Ouvrières placées sur les autres parties de celle même facedu gâteau, et les détermina à venir reconnaître à leur tour ce qui se passaitsur le lieu de la scène. Elles arrivèrent bientôt, franchirent le cercle que lespremières venues avaient formé, s’approchèrent de la Reine, la touchèrent deleurs antennes, lui donnèrent du miel, et après cette petite cérémonie se recu-lèrent, se placèrent derrière les autres et grossirent le cercle. Là, elles agitè-rent leurs ailes, se trémoussèrent sans désordre, sans tumulte, comme si elleseussent éprouvé une sensation qui leur fût très-agréable. La Reine n’avait pasquitté encore la place où je l’avais mise, mais au bout d’un quart d’heure ellese mil à marcher. Les Abeilles, loin de s’opposer à son mouvement, ouvrirentle cercle du côté où elle se dirigeait, la suivirent et lui bordèrent la haie. Elleétait pressée du besoin de pondre, et laissait tomber ses œufs. Enfin, après unséjour de quatre heures, elle commença à déposer des œufs de Faux Bourdons dans les grandes cellules qu’elle rencontra sur son chemin.