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« Rendant que les laits que je viens de décrire se passaient sur la face du gâ-teau où j’avais placé cette Reine, tout était resté parfaitement tranquille sur laface opposée. Il semblait que les ouvrières qui s'y trouvaient ignorassent pro-fondément l'arrivée d'une Reine dans leur ruche. Elles travaillaient avec beau-coup d'activité à leurs cellules royales, comme si elles eussent ignoré qu'ellesn'en avaient plus besoin; elles soignaient les Vers royaux, leur apportaient dela gelée, etc. Mais enfin la nouvelle Reine passa de leur côté, elle fut reçue parelles avec le même empressement que par les premières; elles lui bordèrent lahaie, lui donnèrent du miel, la touchèrent de leurs antennes, et ce qui prouveencore mieux qu'elles la considéraient connue leur Reine, c’est qu’elles renon-cèrent sur-le-champ à continuer les cellules royales, enlevèrent les larves qui s’ytrouvaient, et mangèrent la bouillie accumulée autour d’elles. Depuis ce moment,la Reine fut reconnue de tout son peuple, et se conduisit dans sa nouvelle ha-bitation comme elle eût fait dans sa ruche natale. »
Voyons maintenant ce qui arrive quand, la Reine gouvernant paisiblementses états, une prétendante lui est suscitée. « Nous introduisîmes, dit lluber,dans une ruche régulièrement gouvernée par une Reine féconde, une autreReine également très-léconde, dont nous avions peint le corselet pour la dis-tinguer de la Reine régnante : il se forma très-vite un cercle d’Abeilles autourde cette étrangère, mais leur intention n’était pas de l’accueillir ou île la ca-resser ; car insensiblement elles s’accumulèrent si bien autour d'elle, et laserrèrent de si près, qu’au bout d’une minute elle perdit sa liberté et se trouvaprisonnière. Ce qu’il y a ici de remarquable, c’est qu’au même temps d’autresOuvrières s’accumulaient autotir de la Reine régnante et gênaient tousses mou-vements : nous vîmes l’instant où elle allait èlre enfermée comme l’étrangère.On dirait quelquefois que ces Abeilles prévoient le combat que vont se livrerles deux Reines, et qu’elles sont impatientes d’en voir l'issue; car elles ne lesretiennent prisonnières que quand elles paraissent s’éloigner l’une de l’autre ;et si l’une des deux, moins gênée dans ses mouvements, semble vouloir se rap-procher de sa rivale, alors toutes les Abeilles qui forment ces massifs s’écar-tent pour lui laisser l’entière liberté de l’attaquer ; puis elles reviennent lesserrer de nouveau, si les Reines paraissent encore disposées à fuir.
« Nous avons vu ce fait très-souvent ; mais il présente un fait si neuf et siextraordinaire de la police des Abeilles, qu’il faudrait le revoir mille fois pouroser l’assurer positivement. Quel est le véritable rôle que jouent les Ouvrièresdans le combat des Reines? Cherchent-elles à accélérer ces combats? Excitent-elles par quelques moyens secrets la fureur des combattants? Comment se fait-il qu’accoutumées à rendre des soins à leur propre Reine, il soit pourtant descirconstances où elles l’arrêtent lorsqu’elle se prépare à fuir un danger quila menace ?
« Le massif d’Abeilles qui entourait la Reine régnante lui ayant permis quel-que léger mouvement, elle parut s’acheminer vers la portion du gâteau sur la-quelle était sa rivale. Alors toutes les Abeilles se reculèrent devant elles ; peuà peu, la multitude d'Ouvrières qui séparaient les deux Reines se dispersa ; enfin,il n’en restait plus que deux, qui s’écartèrent et permirent aux Reines de sevoir : en cet instant la Reine régnante se jeta sur l’étrangère, la saisit avec ses