FAMILLE DES MELLIFÈRES.
479
grandes et même les cellules royales ; mais vers l’automne, ne voyant naître au-cune Ouvrière pour les seconder dans leurs travaux, elles tombent dans le dé-couragement, abandonnent la ruche, après avoir pillé les provisions, et vontchercher un asile dans les ruches voisines; elles en sont repoussées avecacharnement par les indigènes, et celles qui ne tombent pas sous leurs coupspérissent bientôt de misère et de froid.
Nous venons de vous citer un des traits les plus caracléristiques de l’humeurdes Abeilles, le patriotisme ombrageux qui les pousse à repousser comme en-nemi tout étranger cherchant à devenir leur concitoyen. Cette antipathie éclatesurtout lorsqu’un essaim envahit une ruche ' ‘ e ; les deux nations se livrentune guerre terrible, qui se termine toujours par l’extermination de l’im despartis.
Les Abeilles n’ont pas seulement à craindre pour leur cité les irruptions desAbeilles étrangères; elles sont exposées à d’autres ennemis moins nombreux ettout aussi redoutables. Il leur faut d’abord éviter tous les Oiseaux insectivores,et surtout les Mésanges et le Guêpier ; les Mésanges, dont nous avons en France plus de vingt espèces, se posent sur les tables qui portent les ruches, et y en-trent même si elles le peuvent : sinon, Buffon assure que pour exciter lesAbeilles à sortir, elles fout du bruit avec leur bec et leurs pattes à l’entrée desruches et emportent les Abeilles qui se présentent. Le Mérops, que l’on nommeGuêpier parce qu’il mange des Guêpes, mange aussi des Abeilles; il fréquenteles appuis des ruches et les arbres en Heurs pour y attraper ces Insectes. Il y aaussi des Guêpes plus fortes que les Abeilles; elles saisissent ces dernières etles dévorent en un instant. Nous vous avons parlé des Clairons en traitantdes Coléoptères. Les Souris, les Mulots, le Campagnol et la Musarai-gne sont des ennemis terribles pour les ruches, surtout en hiver, lorsque lesAbeilles sont peu vigoureuses; ces petits Mammifères s’y introduisent,dévorent la cire, le miel, et bouleversent la cité. Mais si leur invasion alieu pendant l’été, les Abeilles les ont bientôt fait périr sous leurs innombrablescoups d’aiguillon; or, comme elles ne peuvent avec leurs forces réunies trans-porter le cadavre au dehors, et que sa putréfaction empesterait leur cité, ellesl’enduisent avec de la propolis. On a vu des Mulots et des Limaçons ainsi em-baumés, dont le corps était parfaitement conservé.
Les Crapauds et les Grenouilles sont friands d’Abeilles : les Grenouilles leshappent dans les marais quand elles viennent y boire, les Crapauds rôdent lesoir près des ruchers, et dévorent les Abeilles qui, la nuit, dans le temps deschaleurs, restent groupées sous les tables des ruches.
Enfin il y a de petites Phalènes ou Papillons de nuit dont nous vous parleronsbientôt., et qui causent de grands dommages dans les ruches : ce sont deux es-pèces de Teigne qui vont pondre leurs œufs sur les gâteaux, pour que la Che-nille qui en sortira se nourrisse de la cire qui les compose. Ces Teignes pro-filent du peu de clarté du crépuscule pour s’introduire dans la ruche ; de chacunde leurs œufs éclôt une Chenille rase, d’un blanc sale, à tète brune et écailleuse,qui s’enferme dans un petit tuyau de soie blanche qu’elle colle contre les rayons;elle allonge sa tête hors de la galerie pour prendre sa nourriture : bientôtelle la quille, se file une coque, devient Papillon , et sort de la ruche; mais