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Deuxieme partie.
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FAMILLE DES ME ELI FEUES.

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conduite d’une Abeille, dont il avait peint le corselet pour la reconnaître, Rur-nens la suivait pendant vingt-quatre heures, oubliant la nourriture, le repos etle sommeil. Lorsque Huber voulut constater l’existence des Ouvrières fécondes,lîurnens proposa à son maître ( qui le désirait tout bas sans oser le demander) detrier une à une les trente mille Abeilles d’une ruche : il les saisit vivantes, l’uneaprès l’autre, et, malgré leur colère, il observa tous leurs caractères spécifiques,examina attentivement la trompe, les jambes postérieures, l’aiguillon de cha-cune, et consacra onze jours à cet immense travail, sans se permettre d’autredistraction que celle qu’exigeait le repos de ses yeux.

Mais si Rumens fut l'instrument de la gloire d'ITuber, c’est que celui-ci avaitété son instituteur : en mettant à contribution les yeux matériels de son do-mestique, il avait ouvert en lui les yeux de l’intelligence ; Rumens sentait queles leçons de son maître faisaient de lui un homme nouveau, et doublaient enquelque sorte son existence : il y avait donc échange entre eux, et l’on peutavancer sans paradoxe que le dévouement de Rumens était une véritable re-connaissance. Vous jugerez si celte reconnaissance était fondée, en apprenantque le savant élève d’Huber, rappelé dans le pays de Yaud par des affaires defamille, fut bientôt apprécié de ses concitoyens et nommé l’un des premiersmagistrats de son district.

Le départ de Rumens fut une perle bien douloureuse pour Huber ; c’est alorsqu’il se fût senti redevenir aveugle, sans sa femme et. son lils, qui se firent sesaides-naturalistes... Son fils Pierre, qui devait marcher si glorieusement surses traces, en observant les mœurs des Fourmis, vérifia, confirma toutes lesobservations de Rumens sur les Abeilles, et les compléta en exécutant lesexpériences qui lui furent indiquées par son père. Il le seconda aussi dansla publication de la seconde partie de son ouvrage; la première avait étéadressée sous forme de lettre à Charles Ronnet, et le style clair, élégant,pittoresque de ces lettres, donne un nouveau prix aux belles recherches del’auteur. On croit voir, en le lisant, les objets que lui-même n’a pas vus. Ne vousétonnez pas de celle perfection dans le style descriptif d’un aveugle : ne pou-vant acquérir une notion que sur les rapports d’autrui, il était astreint à suivreune méthode laborieuse, mais sûre, pour coordonner les récits divers de sesaides; il lui fallait écouter, comparer, prendre la moyenne entre les témoignagesdifférents, et se refaire une image de l’objet par ses propres conceptions ; sidonc il rend cette image sensible pour le lecteur, c’est qu’il a su en saisir letrait dominant. Au reste, dans ce beau livre, ou sent à chaque ligne l’artistereligieux, que sa brillante imagination porte sans cesse vers les idées générales,mais que le doute philosophique n’abandonne pas un seul instant.

Si nous avions entrepris de vous donner la biographie complète d’il liber, les dé-tails intéressants ne nous manqueraient pas : nous vous montrerions le Réaumurgenevoisvieillissantpaisiblementau sein d’unefamille dévouéequi n’avait d’autrepensée que celle de lui plaire et de suppléer à son infirmité ; vous le verriez, ani-mant de sa physionomie mobile, de sa voix sonore, de sa conversation gracieuse,variée et toujours bienveillante, le cercle d’amis qui l’entourait ; cherchant à sedissimuler (par une illusion commune à la plupart des aveugles) sa cécité, quiétait son plus beau titre de gloire, et qui peut-être avait été le principal élément