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de manière que leur milieu soit adossé à l’endroit où se croisent deux feuillesde la première couche; il place ensuite un troisième tuyau en dedans desdeux autres, pour achever de consolider l’étui, qui se trouve ainsi composé deneuf pièces au moins, et quelquefois de douze. Voilà une première cellule for-mée; c’est dans son intérieur que l’Aheille va pondre un œuf, mais il fautqu’elle place auprès de lui une pâtée de miel et de pollen ; cette pâtée sera li-quide, et comme le pot destiné à la contenir est couché presque horizontale-ment, il est nécessaire que sou ouverture soit exactement bouchée. Aussi, dèsque l’Abeille a rempli sa cellule de pâtée jusqu’à environ une demi-ligne dubord de l’entrée, et qu’elle y a déposé un œuf, elle songe à le bien boucher, etcela avant que de travailler à ébaucher une nouvelle cellule. Elle emploie toutsimplement pour cela des matériaux semblables à ceux dont est fait le corps dupetit vase; elle lui donne un couvercle qui n’est autre chose qu’un morceau defeuille bien circulaire ; comme la cellule a la forme d’un dé à coudre,ce qui in-dique que sa cavité est un peu conique, le couvercle y entre un peu, mais il estbientôt arrêté par les parois. L’Abeille ne se contente pas d’un seul couvercle,elle met trois plaques circulaires les unes sur les autres, et ces trois plaques s’em-boîtent dans l’ouverture delà cellule, qu’elles ferment de manière que le bord decette cellule dépasse les couvercles d’une demi-ligne. C’est dans ce vide que laCoupeuse de feuilles engraine le fond delà cellule suivante : il porte immédiate-ment sur les plaques formant le couvercle de la cellule qui vient d’èlre bouchée.C’est ainsi que l’Abeille dispose à la lile six à sept cellules qui constituent parleur ensemble une espèce de rouleau presque cylindrique de la longueur d'unétui ordinaire; chaque cellule contient un œuf d’où sort bientôt une larve blancheet sans pattes, qui, parvenue au terme de sou accroissement, lile une coque desoie épaisse et solide qu’elle fixe aux parois de sa loge; elle s’y change en nym-phe, y passe l’hiver el en sort au commencementde l’été à l’élald’Insecte parfait :vous concevez que l'individu qui sort le premier est celui dont l'œuf a été déposédans la cellule la plus extérieure, et que l’aîné de la famille, qui avait été placédans la cellule du fond, est cependant celui qui sort le dernier. Il arrive ’ uefuisqu'un Insecle de l'ordre des Diptères profite de l'absence de l’Abeille coupeusede feuilles pour s’introduire furtivement dans la cellule qui n’est pas encoreclose, et y pondre son œuf près de celui de l’Abeille; celle-ci, revenant de sonRosier avec la plaque circulaire qu elle vient de couper, ferme sa cellule, sans sedouter qu’elle a laissé près de sa progéniture un œuf d’où sortira bientôt unVer carnassier qui la dévorera, fera ses métamorphoses dans la cellule usurpée,et deviendra une Mouche à deux ailes.
Ecoutons maintenant Réaumur raconter par quelle aventure il a eu l'occasionde voir pour la première fois un de ces nids merveilleux.
« Dans les premiers jours de juillet 1756, dit-il, un magistral de la chambredes comptes de l*aris, seigneur d’un village voisin des Andelys , sur la rivièrede Seine , vint voir M. l’abbé Nollet; il était accompagné de plusieurs domes-tiques, et entre autres d’un jardinier, qui avait l’air fort consterné. 11 s’étaitrendu à Paris pour annoncer à son maître qu'on avait^efé un sort sur sa terre.Il avait eu le courage (car il lui en avait fallu pour cela) d’apporter les piècesqui l’en avaient convaincu, ainsi que ses voisins, et qu’il croyait propres à en