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la même profondeur; ce tube est travaillé avec art, ses parois semblent tapis-sées de fines torsades ou de filets granuleux et tortueux qui laissent entre eux desvides. Ce n’est pas par la force de ses mandibules que la Guêpe Maçonne ar-rache les grains de sable du terrain pierreux qu’elle exploite, c’est en les ramol-lissant avec le liquide que lui fournit sa bouche ; elle laisse tomber deux gouttesd’eau sur les particules qu’elle veut enlever; celles-ci s’humectent aussitôt etdeviennent une pâte molle, que les mandibules ratissent et détachent sans peine.Les deux pattes antérieures se présentent aussitôt pour réunir dans une petitemasse et pétrir un peu le sable détaché, elles en forment une petite pelote duvolume d’un grain de groseille.
Suivez-la dans ses travaux, celte ardente Ouvrière : rien de plus facile, deplus attachant que l’observation de ses allures. Il faut pour cela, non pas de lapatience (la patience n’aide qu’à souffrir, et il s’agit ici d’une récréation char-mante), mais un peu d’attention, pour bien noter le lieu où se pose l’Insecte, oùil séjourne, où il revient. Cela fait, vous n’avez plus besoin que de vos yeux etd'une ombrelle, car votre cabinet d’étude est en plein champ, sous le soleil dejuin. C’est avec la première pelote que la Guêpe a détachée, qu’elle jette lesfondements de son tuyau de sable : le reste des matériaux de ce tube sera tiré dutrou qu’elle va creuser sur l’enceinte qu'elle a choisie ; elle place sa premièrepelote de mortier, la façonne, la contourne, l’aplatit et lui fait prendre de lahauteur; ceci est l’affaire d’un instant; elle se remet ensuite à détacher dusable, et se charge d’une autre pelote de mortier; bientôt elle parvient à entirer assez pour rendre sensible l’entrée de son trou et la base circulaire de sontuyau.
Mais le réservoir d’eau que possède la Guêpe pour humecter le sable netarde pas à s’épuiser, et de trois minutes en trois minutes, vous verrez la Ma-çonne s’envoler. Est-ce à quelque ruisseau ou aux corolles des plantes qu’elleva emprunter le liquide dont elle a besoin ? Vous aurez quelque peine à vous enassurer, mais vous la verrez après un court retard revenir à son atelier et con-tinuer sou travail. Il lui faut une heure [tour creuser un trou dont la profon-deur est égale à la longueur de son corps, et pour élever en même temps untuyau aussi long que le trou est profond; au bout de trois heures, le tuyau estélevé de deux pouces : du reste, la longueur de ce tuyau varie de un à quatrepouces.
Vous devinez déjà dans quel but la Guêpe pratique cette excavation, mais iln’est pas aussi facile de comprendre la cause réelle du tube qui la domine : ob-servez toutefois que le trou n’est pas destiné tout entier à loger l’œuf qui va yêtre déposé, une portion suffira pour le contenir, lui et la pâture; mais laGuêpe n’a pas voulu que ses petits fussent desséchés par le soleil; elle a doncdû leur creuser un caveau assez profond pour les tenir au frais. La Guêpe con-serve la capacité nécessaire au développement de sa progéniture; mais ellebouche tout le reste et fait rentrer dans la partie supérieure du trou le sablequ’elle en a ôté. C’est pour avoir ce sable sous sa main, qu’elle a formé un tuyaude celui qu’elle extrayait; elle va ensuite ronger le bout de ce tuyau après l'a-voir mouillé; elle se charge d’une petite pelote de mortier, qu'elle porte dansle trou, et elle finit ainsi par le fermer exactement.