FAMILLE DES IIÉTÉKOG YNES. 5-21
forme des salles, des loges, des chemins que les Fourmis se proposent d'établir.La petite pelote de terre que chaque Fourmi apporte entre ses dénis a étéformée dans les souterrains dont elle a ratissé le fond avec le bout de ses man-dibules. Lorsqu’elle l’a appliquée à l’endroit où elle doit rester, elle la diviseet la pousse avec ses mandibules, de manière à remplir les plus petites inégali-tés de la muraille ; elle palpe chaque brin de terre avec ses antennes mobiles,et elle les affermit en les pressant légèrement avec ses pattes antérieures.
Après avoir tracé le plan de leur maçonnerie, en plaçant çà et là les fonde-ments des piliers et des cloisons qu’elles veulent établir, elles leur donnentplus de relief en ajoutant de nouveaux matériaux au-dessus des premiers.Lorsque deux petits murs destinés à former une galerie, et s’élevant vis-à-visl’un de l’autre, sont arrivés à une hauteur de quatre a cinq lignes, les Four-mis s’occupent à recouvrir le vide qu’ils laissent entre eux, au moyen d'unplafond cintre : elles cessent alors de travailler en montant, et placent contrel’arête intérieure de l’un et de l’aulre des brins de terre mouillée, dans unsens oblique en montant, de manière à former au-dessus de chaque mur unrebord qui doit, en s’élargissant, rencontrer celui du mur opposé. L’épaisseurde ces voûtes est d’une demi-ligne, et la largeur des galeries quelles recou-vrent est d’un quart de pouce. Quant aux carrefours, qui ont souvent deuxpouces de largeur, les Fourmis ne sont pas embarrassées à faire le plancherqui doit le recouvrir : dans les angles formés par la rencontre des murs et lelong de leurs bords supérieurs, elles placent les premiers matériaux de lavoûte, et du sommet de chaque pilier s’étend obliquement une couche deterre qui va se joindre avec celle du côté opposé.
Rien de plus intéressant que l’activité, l’ordre et l'accord qui règne danscette foule de maçonnes arrivant de toutes parts avec la parcelle de mortierqu’elles veulent ajouter à l’édifice. Elles profitent de la pluie pour augmenterl'élévation de leur demeure; en effet, ces parcelles de terre qui ne tiennent en-semble que par juxtaposition n’attendent qu'une ondée qui les lie plus étroi-tement , et vernisse pour ainsi dire la surface du plafond quelles constituent.Alors les inégalités de la maçonnerie disparaissent; le dessus de ces étages,composés de tant de pièces rapportées, ne présente plus qu’une seule couchede terre bien unie, et n’a besoin, pour se consolider entièrement, que del’action desséchante du vent et de la chaleur du soleil. Sept heures suffisentpour la confection d’un étage complet, et si la pluie continue, les Fourmis sehâtent d’en bâtir un nouveau. Elles n’emploient donc ni gomme ni cimentdans la construction de leur édifice, et mettent à contribution les quatre élé-ments dans toute leur simplicité : l’eau pour lier la terre, l 'air pour la dessé-cher, et le feu du soleil pour la durcir.
Voulez-vous, même par un temps sec, exciter les Fourmis brunes à reprendreleurs travaux? mettez en usage l’ingénieux moyen d’Huber, et versez sur lafourmilière une pluie artificielle. Prenez pour cela une brosse très-forte, plon-gez-la dans l’eau, et en passant votre main sur les crins dans nn sens et dansl’autre, vous ferez pleuvoir sur le toit des Fourmis une rosée très-fine ; bientôtattirées par l’humidité, elles sortiront de l’intérieur du nid, courront rapide-ment à la surface du toit, descendront au plus vite pour se pourvoir de brins
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