.',•25
FAMILLE DES IIÉTÉItOGY.NES.
Comme toutes les températures ne conviennent pas à lu jeune famille, lesFourmis ont dans leur instinct un thermomètre qui leur indique le degré danslequel il faut tenir leurs nourrissons. Lorsque les rayons du soleil viennentéchauffer la partie extérieure de leur nid, les Fourmis qui sont à la surface des-cendent au fond de la fourmilière, avertissent leurs compagnes en les frappantavec leurs antennes, cl les saisissant même avec leurs mandibules; si elles nes’empressent pas assez; elles les entraînent au sommet de l'habitation, et les ylaissent, afin de revenir auprès de celles qui gardent les petits; en un instantles larves et les nymphes sont transportées au faîte de la fourmilière, et reçoi-vent la douce influence du soleil. Les larves des Femelles, qui sont beaucoupplus grosses, donnent plus d’embarras; on finit cependant par les placer à côtedes autres.
Quand les Fourmis jugent que leurs petits sont restés assez longtemps ausoleil, elles les retirent dans une loge propre à les recevoir; c’est la plus voisinedu sol; elle n’est recouverte, chez la Fourmi fauve, que par un toit de chaumequi n’intercepte pas entièrement la chaleur. Quand elles croient n’avoir rien àcraindre, elles se reposent de leurs travaux, et vous les verriez alors étenduespêle-mêle, avec les larves, ou entassées les unes sur les autres. Si vous décou-vrez l’intérieur de leur nid, les Ouvrières saisissent leurs nourrissons avec unepromptitude extrême, et les emportent dans les lieux les plus reculés de l’habi-tation.
11 ne suffisait pas de les porter au soleil et de les nourrir, il fallait encore lesentretenir dans une extrême propreté; aussi ces Insectes ont-ils l’attention depasser leur langue à chaque instant sur le corps des petits, et les rendent-ils,par là, d’une blancheur parfaite.
Avant de devenir nymphes, les larves se filent une coque de soie (les espècesà aiguillon font seules exception); cette coque est cylindrique, allongée, jaune-pâle, très-lisse, cl d’un tissu fort serré. L’Insecte, à l’état de nymphe, a ac-quis la forme qu’il aura toujours; il ne lui manque que des forces et un peuplus de consistance; il est aussi grand qu’il doit l’être; tous ses membres sontdistincts, une seule pellicule les enveloppe.
Les nymphes ont encore bien des soins à recevoir des Ouvrières; elles nesavent pas d’elles-mêmes sortir de leurs coques, en y faisant une ouverture avecleurs dents. Cette coque est d’une soie trop serrée et trop résistante pour qu’illeur soit possible de la déchirer sans le secours des Ouvrières. Mais commentces infatigables nourrices découvrent-elles le moment convenable pour les entirer? Quels que soient les signes qui les en avertissent, elles ne se trompentjamais. Trois ou quatre d’entre elles montent sur une coque, et s’efforcent del’ouvrir avec leurs dents, à l’extrémité qui répond à la tète de la nymphe.Elles commencent par amincir l’étoffe, en arrachant quelques soies à la placequ’elles veulent percer, et bientôt, à force de pincer et de tordre ce tissu sidifficile à rompre, elles parviennent à le trouer en plusieurs endroits très-rap-prochés les uns des autres; elles font ensuite passer une de leurs mandibulesau travers de la coque, dans les trous qu’elles ont pratiqués, coupant chaque fill'un après l’autre avec une patience admirable, et parviennent enfin à faire unpassage d'une ligne de diamètre dans la partie supérieure de la coque; ensuite,