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INSECTES HYMÉNOPTÊKES.
sent dans leurs souterrains, où elles les gardent obstinément. Les femelles de-venues prisonnières sont d’abord entièrement dépendantes des Ouvrières ; cel-les-ci, accrochées à chacune de leurs jambes, les surveillent avec assiduité, etne leur permettent point de sortir; elles les nourrissent avec le plus grandsoin, et les conduisent dans les quartiers dont la température leur paraît la plusconvenable, mais elles ne les abandonnent pas un instant. Chacune de ces fe-melles perd par degrés l’envie de quitter la fourmilière; et dès que l’augmen-tation de volume de son ventre annonce que la ponte est prochaine, elle n’é-prouve plus de contrainte ; elle a cependant une garde assidue ; une seule Fourmila suit toujours, et prévient tous ses besoins. La plupart du temps, montée surson abdomen, et les jambes postérieures posées par terre, elle semble une senti-nelle établie pour surveiller ses actions, saisir le premier instant où elle com-mence à pondre et relever aussitôt ses œufs. Ce n’est pas toujours la mêmeFourmi qui la suit : celle-ci est relevée par d’autres qui se succèdent sans in-terruption ; mais lorsque la maternité de la femelle est bien reconnue, on com-mence à lui rendre des hommages pareils à ceux que les Abeilles prodiguent àleur reine. Une cour de douze ou quinze Fourmis la suit partout ; elle est sanscesse l’objet de leurs soins et de leurs caresses; toutes s’empressent autourd’elle, lui offrent de la nourriture, et la conduisent par les mandibules dansles passages difficiles ou montueux ; elles vont même jusqu’à la porter dans lesdifférents quartiers de la fourmilière. Les œufs, recueillis par les Ouvrières àmesure qu’ils ont été pondus, sont réunis autour d’elle, et lorsqu’elle se tienten repos, un groupe de Fourmis l’environne. Plusieurs femelles peuvent vivredans le même nid ; elles n’éprouvent aucun sentiment de rivalité; chacune d’ellesa sa cour ; elles se rencontrent sans se faire de mal, et soutiennent en communla population de la fourmilière; mais elles n’ont aucun pouvoir.
Les Fourmis sont quelquefois appelées à changer de domicile: une habita-tion trop ombragée, trop humide, exposée aux insultes des passants, ou voisined’une fourmilière ennemie, cesse-t-elle de leur convenir, elles vont poser ail-leurs les fondements d’une nouvelle patrie. Si vous voulez être témoin d’une deces migrations, vous pourrez la provoquer vous-même en les tourmentant, eten abattant souvent le toit de leur ville souterraine. D’abord elles répareront lesdégâts que vous aurez commis, mais enfin elles se dégoûteront de leurs foyers,et chercheront un asile moins exposé à vos persécutions. Vous verrez alorspartir du nid quelque ouvrière chargée d’une autre Fourmi suspendue à sesmandibules, suivez-la attentivement, elle arrivera au bord d’une cavité souter-raine, dans laquelle elle déposera son fardeau. Vous remarquerez bientôt quele nombre des porteuses, d’abord fort petit, augmentera à chaque instant; vousn’en apercevrez au commencement que deux ou trois, probablement les mê-mes; mais quand elles en auront amené assez d’autres pour subvenir aux tra-vaux de la nouvelle fourmilière, une partie des colons iront à leur toùr dansl’ancien nid, d’où ils tireront, comme d’une pépinière, des habitants pour ce-lui qu’ils veulent peupler. Le recrutement dure plusieurs jours, mais lorsquetoutes les Ouvrières connaissent la route de la nouvelle habitation, elles ces-sent de se porter; c’est alors que, dans leur nouvelle patrie, où elles ont pra-tique des voûtes, des avenues, des cases, elles apportent leurs nymphes, leurs