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Deuxieme partie.
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nouvelle le plongeait dans des ravissements de béatitude, qu'il n'est donnequ'aux élus de comprendre; et il nous avoue dans un de ses ouvrages que lesouvenir le plus vif de sa jeunesse (sans exception !) est celui du Carabus aurapunclutus, qu'il vil briller au pied d’un Chêne, après une ondée de pluie.

Observation de mœurs, collection, description, classification d'espèces, ilvoulait embrasser tout, et projetait un grand ouvrage, qui aurait compris l’his-toire de tous les ordres d’insectes ; nous y aurions trouvé le style nombreux deBillion avec la formule précise de Linné ; et ces deux noms, qui hurlent de setrouver ensemble, se seraient combinés et fondus dans celui de Charles Nodier .Les véritables amis de l'histoire naturelle ne sauraient trop déplorer les événe-ments qui contrarièrent sa destinée, et le lirenl tomber au troue académique.

Quelques jours avant son élection, ignorant sa candidature, je lui fis unelongue visite ; je venais de lire avec délices sa correspondance inédite, et nouspassâmes deux heures en compagnie de Kabricius et de Linné . Je lui parlai duMdolontha fallu, dont il avait découvert une variété nouvelle; du premierSphinx Atropos qu’il avait recueilli sur des feuilles de pomme de terre; duBombyx moyen-paon, trouvé par lui aux environs de Lyon , et qui était éclossous ses yeux (ineffable volupté ! ); du Lamia curculionoïdes, dont il ramassa centcinquante échantillons en un jour. Je lui rappelai ses angoisses, causées parle retard d'une boîte de Capricornes que lui envoyait son ami, et l'allégressebruyante qui accueillit ces précieux Coléoptères. Bref, en l'entourant de cita-tions caressantes, je le ramenai dans ses montagnes, et lui fis oublier complè-tement l’Académie, la linguistique et f ' ' . Il fut. radieux pendant deux

heures, mais en le quittant je vis un nuage obscurcir son front : il devintrêveur et silencieux, et je crus reconnaître dans cette tristesse subite unsombre pressentiment. Deux jours après, les journaux m’annoncèrent qu'ilvenait d'être élu à l'Académie française ; je compris alors ce que signifiait samélancolie de l’avant-veille : c’était son dernier soupir de naturaliste, et notrelongue conversation était un éternel adieu à l’entomologie. Dans mon déses-poir, je lui adressai iiiip épîlre lamentable, dont voici un fragment :

Souviens-toi des beaux jours que ton enfance pureVit s’écouler au sein de l’agreste nature;

Tu trouvas dans Linné ton premier Apollon;L’étude n’eut pour toi que des formes riantes;

Tu lisais l ’Iliade en lettres flamboyantesSur les ailes d’un Papillon.

Que de vaillants héros de la Grèce et de Troie,Polyphénie affamé, sont devenus ta proie !

T< n agite réseau partout les poursuivait ;

Le soir, rentrant chargé de dépouilles opimes,Pour pouvoir au réveil contempler tes victimes,Tu les clouais à ton chevet.