PREFACE. 291
pieux sans aimer Dieu,* ou bien on acru pouvoir aimer son prochain fans leservir, & pouvoir aimer Dieu sans leconnoître. Plusieurs Siécles se sont é-coulés, fans que le Public sc soit bienapperçu de ce défaut ; & il y a encorede grands restes du régné des tenebres.On voit quelquefois des gens qui par-lent fort de la pieté, de la dévotion,de la Religion, qui sont même occu-pés à les enseigner; & on ne les trou-ve gueres bien instruits fur les perfec-tions divines. Ils conçoivent mal labonté & la justice du Souverain de l’U-nivers ; ils se figurent un Dieu, qui nemérité point d’être imité, ni d’étreai-mé. C’est ce qui m’a paru de dange-reuse conséquence, puisqu’il importeextrêmement que la source même de lapieté ne soit point infectée. Les an-ciennes erreurs de ceux qui ont accuséla Divinité, ou qui en ont fait un Prin-cipe mauvais , ont été renouvelléesquelquefois de nos jours : on a eu re-cours à la puissance irrésistible de Dieu,quand il s'agissoit plûtôt de faire voirfa bonté suprême; & on a employé unpouvoir despotique, lorsqu’on devoitconcevoir une puissance réglée par laplus parfaite sagesse. J’ai remarqué queces sentimens , capables de faire dutort, étoient appuyés particulièrementfur des notions embarassées^qu’ons’é-(t) 2 toit