et la Liisérte'de l’Homms. I. P. 85
dre mal est une espece de bien ; de même unmoindre bien est une espece de mal, s’il faitobstacle à un bien plus grand :& il y auroit quel-que chose à corriger dans les actions de Dieu, s’ily avoir moyen de mieux faire. Et comme dansles Mathématiques, quand il n’y a point de ma-ximum ni de minimum , rien entin de distingué,tout se fait également; ou quand cela ne fe peut,il ne fe fait rien du tout : on peut dire de mêmeen matière de parfaite sagesse, qui n’estpas moinsreglée que les Mathématiques, que s’il n’y avoitpas le meilleur ( optimum ) parmi tous les Mondespossibles, Dieu n’en auroit produit aucun. J’ap-pelle Monde toute la fuite & toute la collectionde toutes les choses existantes, aíìn qu’on ne di-se point que plusieurs Mondes pouvoíent exis-ter en differens temps & difftrens lieux. Car ilfaudroit les compter tous ensemble pour unMonde, ou si vous voulez pour un Univers. Etquand on rempliroit tous les tems & tous les lieux,il demeure toûjours vrai qu’on les auroit pu rem-plir d’une infinité de maniérés , & qu’il y a uneinfinité de Mondes possibles , dont il faut queDieu ait choisi le meilleur,puisqu’il ne fait rienfans agir suivant la suprême Raison.
9. Quelque adversaire’ne pouvant répondre ácet argument, répondra peut - être à la conclu-sion par un argument contraire, en disant que leMonde auroit pu être sans le péché & fans lessouffrances: mais je nie qu’alors il auroit étémeilleur. Car il faut savoir que tout est lié danschacun des Mondes possibles :l'Univers, quel qu’ilpuisse être, est tout d’une piece, comme un Océan ;le moindre mouvement y étend son effet áquelque distance que ce soit, quoique cet effetdevienne moins sensible à proportion de la dif-F 3 . tan-