ET LA LlBERTE'DE L’HOMME. I, P. I2Z
reste des choses par avance , ou , (ce qui est lamême chose ) il a choisi ce monde possible , oùtout étoit réglé de cette sorte.
55. Cette considération fait tomber en mêmetems ce qui étoit appellé dès Anciens le sophismeparesseux (xéy©- ) qui concluoit a ne rienfaire : car ( dlloit-on ) si ce que je demande doitarriver, il arrivera, quand je ne ferois rien; Ls’il ne doit point arriver , il n’arrivera jamais,quelque peine que je prenne pour l obtenir. Onpourroit appeller cette nécessité, qu’on s'imagi-ne dans les évenemens, détachée de leurs cau-ses, Fatum Mahometimum , comme j’ai déja re-marqué ci-desius, parcequ’on dit qu’un argumentsemblable fait que les Turcs n’évitent point leslieux où la peste fait ravage. Mais la réponse esttoute prête; l’effet étant certain, la cause qui leproduira Test aussi; Sc si l'effet arrive, ce sera parune cause proportionnée. Ainsi votre paresse fe-ra peut - être que vous n’obtiendrez rien de ceque vous souhaitez, & que vous tomberez dansles maux que vous aurie^lfvités en agissant avecfoin. L’on voit donc que la liaison des causes a-vec les effets, bien loin de causer une fatalité in-supportable , fournit plutôt un moyen de la le-ver. II y a un proverbe Allemand qui dit, quela mort veut toûjours avoir une cause ; & il n’ya rien de si vrai. Vous mourrez ce jour là, (sup-posons que cela soit, & que Dieu le prévoie)oui, fans doute; mais ce fera parceque vous fe-rez ce qui vous y conduira. II en est de mêmedes châtimens de Dieu , qui dépendent aussi deleurs causes , & il fera à propos de rapporter àcela ce passage fameux de S. Ambroise (in Cap.I. Luca;} Novit Dominus mutare sententiam, fi tunoveris mutare deliftum, qui ne doit pas être en-
ten-