Í30 Essais sur la Bontf/ de Dieu, :
Monsieur Jaquelot a très-bien montré dans sonLivre de la Conformité de la Raison & de laI’oi, que c'est comme si celui qui sait tout ceque j’ordonnerai à un valet le lendemain tout lelong du jour, faisoit un automate qui ressemblâtparfaitement à ce valet, & qui exécutât demaina point nommé tout ce que j’ordonnerois ; ce quine m’empêcheroit pas d’ordonner librement toutce qui me plairoit, quoique faction de l’automa-te qui me scrviroit, ne tiendroit rien du libre.
64. D’ailleurs tout ce qui se passe dans l’amene dépendant que d’elle, selon ce système; &son état suivant ne venant que d’elle & de sonétat présent; comment lui peut-on donner uneplus grande indépendance ? II est vrai qu’il resteencore quelque imperfection dans la constitutionde l’ame. Tout ce qui arrive à l’ame dépend d’el-le , mais il ne dépend pas toûjours de fa volon-té; ce seroit trop. II n’est pas même toûjoursconnu de son entendement, ou apperçudistincte-ment. Car il y a en elle non seulement un ordrede perceptions distinctes, qui fait son empire ; maisencore une fuite de perceptions confuses ou depassions, qui fait son esclavage: & il ne faut pas s’etiétonner; l’ame seroit une Divinité, si elle n'a-voit que des perceptions distinctes. Elle a ce-pendant quelque pouvoir encore fur ces percep-tions confuses, bien que d’une maniéré indirec-te; car quoiqu’elle ne puisse changer ses paísionsfur le champ, elle peut y travailler de loin avecassez de succès, & se donner des passions nou-velles, & même des habitudes. Elle a même unpouvoir semblable sur les perceptions plus dis-tinctes, se pouvant donner indirectement des opi-nions & des volontés, & s’empêcher d’en avoirde telles ou telles, & suspendre ou avancer son