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PREFACE.
la jeunesse, du peu d’éxperience & de connoissance acquise de ceux qu’on charge ordi-nairement de l’administration des intendances.
C’est peu à l’égard de ceux qui étoient en exercice en 1698, de dire qu’ils igno-roient les événemens les plus communs de l’Histoire, les rr aximes les plus ordinaires del’oeconomie Civile & Politique & qu’ils n’avoient pas la moindre teinture des chosesqui contribuent essentiellement à la prolpérité d’un Etat, telles que l’Agriculture, lestravaux & les dépenses qu’elle exige ; le Commerce & ses ressorts ; les Manufactures &les moyens qui les font subsister ; il faut dire qu’ils ignoroient jusqu’à leur langue natu-relle, puis qu’ils ont écrit avec moins de politesse, de méthode & d’agrément que n’au-roient fait les moindres Officiers de Justice, chargez par le Prince du même comptequ’on leur demandoit ; mais c’est encore peu que de mal écrire en comparaison des mau-vais discours & des fades puerilitez que quelques-uns ont employées dans leurs Mémoi-res. Qui pouroit, par éxemple, lire fans indignation celui des trois Evêchez, dans le-quel si l’Auteur entreprend de justifier la possession où est le Roi de ces Diocèses & dequelques terres de Lorraine, il le fait d’une maniéré à faire soupçonner qu’il a voulu ca-lomnier les droits de la Monarchie, & les rendre odieux ou ridicules ; ayant d’ailleursassaisonné son Ouvrage de plaisanteries basses & insipides, qui révoltent également leCœur & le bon Sens.
C’est encore peu de mal écrire, en comparaison de la négligence affectée de certainsIntendans, qui d’ailleurs étant gens d’esprit & même de lettres, connus dans le Monde,ou pour leur bon goût dans les plaisirs, ou par leurs dépenses magnifiques, ou par leurcommerce avec les Savans, & quelques-uns même par les éloges de nos Journalistes,n’ont pas daigné cependant favoriser le dessein du Prince de la moindre attention.Certainement le malheur du Siècle est au dessus de ce qu’on auroit jamais imaginé : lesMaîtres des peuples, les Juges souverains des Provinces, les Ministres fur lesquels lapuissance des Rois & leur Conscience se reposent du Gouvernement immédiat de tant demilliers d’hommes de toutes conditions, ces gens-là méprisent leurs emplois, l’auroit-onpû penser ? ils les regardent comme un passage à des fonctions plus nobles : C’est présque l’idée universelle ; car dans la pratique, nous voyons que d’une petite Province onpasse ordinairement à une plus grande, & de celle de cette espece on parvient aux digni-tez d’Intendant des Finances & de Conseiller d’Etat, d’où il n’est pas rare qu’on sepousse au Ministère ; ce point de vûë renverse la tête d’une partie des Intendans ; ilsn’ont pas été un an en place qu’enchantez & aveuglez par la parfaite obéissance qu’onrend à leurs moindres ordres, ils s’imaginent que les fonctions du Ministère suprêmen’ont pas d’autres difficultez, ils s’en jugent bien-tôt capables, & de-là viennent le mé-pris & l’ennui de l’éxercice d’une dignité inférieure à cet égard, quoique tellement supé-rieure à celle des autres hommes. Premier abus dont les éxemples sont trop communs,pour qu’il soit nécessaire d’en indiquer quelques-uns en particulier.
L’ Inapplication a encore des causes bien différentes: quelques-uns s’ennuyent des-Intendances, parce qu’ils n’y font pas des profits aussi considérables que ceux de leursPrédécesseurs ; ils sc lassent des fonctions où le profit ne fuit pas la peine immédiatement,ils se rebutent d’attendre les occasions de s’enrichir, que la miscre des tems rend nonseulement rares, mais qu’elle ne laisse esperer que de plusieurs années ; ces caractères ontproduit des descriptions tristes & négligées des Provinces, où l’on reconnoit le dégoûtdes Intendans & le principe de ce dégoût ; tels sont les Mémoires de Paris, d’Alençon& du Poitou, où l’avarice des Auteurs se reconnoit à chaque page, autant que la stu-pidité