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Tome premier.
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XI
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PREFACE.

pidité & l’ignorance qui sont particulières au dernier : raisons qui ni’ont obligé de com-poser un autre Ouvrage par rapport à cette Province.

D’autres Intendans livrez à la bonne chere, au Jeu, à la Galanterie, ouataChasse, autant ennemis du travail qu’abandonnez à la mollesse du siècle, ne s’ennuyentpas moins de leurs fonctions que les précédens, quoique par un principe bien éloigné del’avarice ; mais leur inapplication n’en a pas été moins préjudiciable au dessein du Prince,comme elle n’en est pas moins funeste au peuple, puis que ne connoissant jamais l’étatde leurs Provinces, ni le fonds des affaires dont ils se réposent sur leurs Subdéléguez& Commissaires, ils ne font que des Ordonnances capricieuses, de la justice desquellesle seul hazard décidé, ou bien la volonté, cherement achetée des Secretaires ou des Sub-déléguez-, mais comme d’ailleurs la Cour veut être exactement servie à l’égard des Fi-nances, les Intendans réparent par la rigueur des Taxes, les inconveniens de leur né-gligence ; nuls ne font si terribles dans les Impositions arbitraires que ceux dont Inap-plication est l’effet de l’amour du plaisir ; étrange renversement de la Nature ! ce quidans tous les autres hommes est un principe de douceur & de compassion, devient dansun Intendant celui de sévérité barbare, qui ne connoit ni justice, ni vérité ; quin’écoutèni raison, ni bienséance.

A l’egard des Intendans dont l’inappljcation se rapporte à l’amour de l’étude &des lettres, il n’est pas nécessaire d’en dire beaucoup ; le défaut étant si rare, que lesMémoires dont je me plains ne m’en donnent qu’un seul exemple ; mais j’avouë qu’ilexcite d’autant plus mon indignation que je m’attendois moins à le trouver dans l’Au-teur du Mémoire de ì’Intendant de Caen ; l’amour de la patrie est-il donc tellementéteint parmi nous qu’un Intendant aussi éclairé que celui-là, n’y ait pas donné le moin-dre témoignage de fa Capacité ? on voit au contraire que cet ouvrage est celui de íesSubdéléguez en chaque Election. La diversité du stile & de la méthode en fait lapreuve, aussi bien que la bassesse des expressions & des observations que l’on y rencon-tre ; enfin on peut assurer que c’est le Mémoire le plus imparfait qui ait été composé& celui qui répond le moins aux Intentions du Prince ; est-ce à l’étude qu’il faut s enP endre, ou plutôt a l’enflure du cœur & au dégoût de la profession, qui fait mépriserune occasion de se signaler chez la postérité, & même auprès de ses contemporains, par1 endroit que les Anciens, dont cet Intendant fait son étude, ont le plus estimé & furlequel ils ont donné des leçons dignes de l’attentìon & du respect de tous les siècles ? IIest donc vrai que c’est peu de mal écrire, en comparaison des défauts de l’application ;venons aux Intendans préoccupez & jugeons de leurs ouvrages avec la même sincérité,que de ceux des précédens.

Deux passions gouvernent à présent les hommes, la Crainte &l’Orgueil : les Anciensmettoient la piété à la place de l’orgueil ; mais le tems en étant passé, on ne la con-noit gueie en celui-ci. A 1 égard dela Crainte, on trouve son impression dans tous lesMémoires des Intendans. L’un paroit trembler en parlant des droits du Roi ; carc’est le terme générique de tout ce qui s’appelle Impsts ; l’autre montre la pesanteurdu joug, mais il y cherche des excuses & insinue que tout le mal consiste dans la ma-niéré dont il est imposé ; un autre attaque l’avidité des Soustraitans pendant qu’il y exal-te les iervices des Fermiers généraux ; un autre approuve les Impôts en général & neblâme que le choix qu’on en fait, à cause du peu de profit qu’ils rendent au Roi;d’autres, tels que les Mémoires de Moulins, de la Rochelle & de Boyrdeaux, décla-rent qu’ils n’osent parler, qu’ils craignent de divulguer les secrets de l’Etat, qu ils au-

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