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Tome premier.
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XII
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PREFACE.

JÉIÍ

roíent besoin d’un Arrêt du Conseil pour s’autorizer dans ce qu’ils voudroient dire :l’esprit de servitude est généralement répandu dans ces Ecrits, mais au fonds qu’enten-doient-ils ces Intendans par le nom vague de Secret de l’Etat ? Ce terme peut être d’u-sage par rapport à une négociation & à une entreprise, qui sont des secrets, mais leGouvernement n’en a point & n’en peut avoir ; les ressorts en font connus de tous leshommes ; en est-il d’autres que l’Etablissement des Loix & leur observation ? le pou-voir & l’obéïssance ? l’amour ou la crainte ? les passions ont de misteres & des secrets ;un Gouvernement légitime n’en connoit point ; mais st les Ministres pillent, s’ils ontdes intérêts particuliers ; j’avouërai pour lors qu’il y a des secrets inconnus dans le Gou-vernement, & qu’ils ont une espece de raison d’employer & la force & le mistere pouren dérober la vûë autant au Prince qu’aux sujets, également intéressez à ce qu’il n’y enait point.

Mais contre ce raisonnement on peut objecter la Connoissance que les étrangers pou-roient prendre des forces précises de l’Etat, ce qu’il est important de leur cacher.Fausse idée & même tout à fait absurde ! Ignorent-ils cette force? Ignorons-nous la leur ?Un si grand nombre des transfuges de part & d’autre laissent-ils rien à desirer fur l’in-struction ? Ce que l’on ignore réciproquement entre ennemis, ce font les ressources del’œconomie & d’une sage administration, nul Monarque ne connoit le fonds du trésorde son voisin, si celui-ci n’a bien voulu se diffamer lui-même par la réputation de sesdépenses, ou par l’épuisement des forces de son Etat ; mais il n’est pas encore tems detraiter de cette matière ; disons plutôt par rapport à la timidité des Intendans, qu’ellecorrompt leurs meilleures qualitez, & qu’elle les rend inutiles au bien public. Telle aété celle de l’Auteur du Mémoire de Lyon, homme éclairé, savant & juste, qui a vûtoute l’iniquité attachée aux fonctions de son emploi, mais qui a eu trop de faiblessepour en parler ; il rampe non seulement sous l’autorité du Ministre, mais sous le créditdes Traitans ; il n’attaque ni les nouveaux, ni les anciens droits, ni la maniéré d’enfaire le recouvrement ; il fe contente de prendre un ton plaintif & d’indiquer d’ailleursquelque foible bien à faire : cet homme croyoit peut-être nos malheurs fans remede ; ilcomptoir trop peu fur l’instruction que le Prince vouloir prendre & contribuoit en mêmetems par fa lâcheté à la rendre inutile.

Mais de quelles expressions me servir pour peindre les désordres & les malheursqui font les fuites de l’Orgueil, quand il s’est joint à quelqu’un des caractères précédens& a corrompu le cœur quelquefois fans préjudiciel- aux lumières de l’Esprit? Le Mé-moire du Languedoc & la conduite de son Auteur, les feront mieux connoître que toutce que je pourrois dire ; il est toutefois nécessaire d’y faire quelques réflexions.

I l est certain que ce Mémoire est de tous le mieux composé, l’esprit, l’ordre, les ta-lens de l’Auteur s’y distinguent au dessus des autres ; mais j’ose dire qu’il n’en est pasmoins pernicieux au Prince & aux sujets ; on y reconnoit le caractère d’un homme eny-vré de l’autorité qu’il s’est acquise des deux cotez, qui sont le droit qu’il a sur la confi-ance du Monarque, méritée par la conservation d’une Province si importante, & qu’ilcraint toutefois le blâme d’être cause de la rébellion qui y régné depuis si long tems :il montre, d’une part, avec ostentation qu’il a fourni seul près de cent soixante millionsau Roi, pendant les neuf années de la Guerre du Prince d’Orange ; mais fans direque l’éxcès de la surcharge de ces Impôts menaçoit d’une révolution prochaine, il nes’attache qu’à faire valoir fa prévoyance, à préparer les moyens de conjurer l’orage, qui,malgré la terreur des supplices, se formoit à ses yeux, au reste insensible à la misere,

dont