PREFACE. xni
dont il est l’auteur, & à la mort de plusieurs milliers d’hommes sacrifiez au maintiende son autorité, il ne parle que de la nécessité d’obéïssance, pour avoir droit de lafaire pratiquer à son égard ; s’il blâme les impôts, s’il cherche curieusement leur ori-gine, s’il relève même quelque mistere du Régné passé à ce sujet, on volt bien que cen’est que pour donner plus d’agrément à son livre & plus de recommandation aux nou-veaux Tributs dont il est l’inventeur ; ainsi l’auteur de la Capitation se purge de tous lesmaux dont il est cause, & a encore obtenu de se faire lire par le Prince avec plaisir ;peut-on néanmoins s’empêcher de le regarder, comme l’un des cruels instrumens de lamisere publique & comme le plus dangereux séducteur de la piété de nôtre Prince ?
Ce sont les Intendans de cette espece que je nomme Intendans de métier, desquelson peut dire avec vérité que jamais terre n’a peut-être porté de plus dangereux Citoyens ;ces hommes possédez d’une fureur ambitieuse sacrifient sans peine leur patrie au désirde commander, comme ils sacrifient leurs consciences à la faveur de la Cour : leur au-torité particulière est la fin qu’ils se proposent ; la faveur est le moyen de l’établir :ainsi esclaves du Ministère, ils se rendent par cet esclavage même les Tyrans du Peu-ple : jamais ils ne conçoivent de desseins qui ne soient funestes à la liberté, au repos & àl’abondance ; les amateurs du bien public font toujours criminels à leur jugement ; iln’est permis, selon leurs maximes, d’être à son aise qu’au moyen du travail, du mouve-ment & de l’intrigue : ils sont fi éloignez de penser que les biens naturels appartiennentaux peuples qu’ils leur laissent à peine celui de l’industrie, jamais la raison de l’impuis-sance n’a éxeusé personne auprès d’eux ; c’est une vaine alléguation qu’ils qualifient or-dinairement de désobéissance & de paresse -, ils sont durs, inflexibles & méprisons ; En-nemis jurez de la Noblesse qu’ils accablent en effet, pendant qu’ils la flattent ; ou plu-tôt qu ils lui insultent par la somptuofité de leurs repas : Mais je n’ai pas vainementsupposé que l’Orgueil & l’Ambition possèdent ces Intendans sons préjudicier a leurs lu-mières ; car il faut avouer que, malgré la dureté de leurs préjugez, ils ont vu & sentila Calamité présente ; quelques-uns ont même témoigné en être les instrumens a regret :Toutefois quand il a été nécessaire d’en parler dans leurs Mémoires, ils ont observé dene la jamais montrer que du côté qu’elle est nuisible aux intérêts du Souverain, en in-terrompant la recette des impositions. II a été question d’une Utilité générale, telleque de rendre une rivière navigable, de dessécher un marais, de favoriser une manu-facture ; ils ne l’ont fait envisager que par rapport au Roi : tantôt c’est le débit de sesforêts, tantôt l’augmentation des Doiiannes : tantôt la facilité de rendre de nouveauxfonds ; ils ne proposent jamais aucune ressource de commodité pour les peuples: tel estle génie de ces Intendans qu’on peut, en un sens, cependant regarder comme les meil-leurs. Triste état de la plus belle Monarchie de l’Europe, dont ces Ministres nouveauxruinent 1 ceconomie, dont les maîtres sont fi mal servis, fi mal instruits, si mal guidezpar rapport à leurs vrais intérêts !
O n leur a persuade avec raison que le fondement eííentiel des IVIonarchies est l’Obéïí-sonce ; en effet ce principe est vrai ; mais pourquoi tairions-nous une autre vérité quin’est pas moins certaine ? Pour bien bâtir, ce n’est pas assez d’établir un fondement ;si l’on néglige les liaisons de l’édifice, la ruine n’en est pas moins inévitable ; l’intérêtparticulier de la conservation de ses propres biens jointe à l’amour du Souverain, est levéritable lien des Etats, quiconque ose leur préférer la force & la crainte, les éxpose àdes périls & à des malheurs certains, & il se prive, s’il est Souverain, du doux nom deRoi & de Pere de ses peuples, pour prendre celui d’Oppresseur. Nul donc ne fait si
grand