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Tome premier.
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PREFACE.

Intendans font les nerfs de la Monarchie, qu’elles rendent l’obéïssance exacte & précise,qu’elles portent le jour par tout & font que le Souverain est instruit des moindres détails,qui lui échappoient nécessairement avant leur institution. Ainsi la matière est réduite enquestion, fur laquelle l’éxperience même est rendue douteuse, parce que chaque parti lamet en preuve pour son opinion. Alors j’appelle a mon secours 1 exemple des Sièclespuisez non que je fois prévenu de 1 Antiquité au dela des termes raisonnables, maisparce qu’il y auroit de l’aveuglement à rejetter du régime d’une Monarchie, les moyensqui l’ont main enuë pendant le cours de treize Siècles, pour en substituer de nouveauxqui n’ont rien de plus recommandable, que de faciliter un pouvoir despotique, plusconvenable au génie des peuples Orientaux, tels que les Persans & les Turcs, qu’à nôtreConstitution. Ainsi comme il est évident que toutes fortes de Loix ne font pas bonnesà tous, puis que celles d’Athènes ou de Lacédémone, qui ont été reconnues pour deschefs-d’œuvre de l’Efprit Humain, seroient des prodiges dans nôtre Gouvernement &que nos usages au contraire seroient insupportables à l’Angleterre ou à la Pologne,nous ne pouvons, ce semble, choisir de règle plus sûre & plus convenable à nos mœursque l’éxemple de ce qui s’est pratiqué parmi nous.

La Majesté des Rois vivans n’est point offensée par la censure que l’on peut faire desfautes de leurs Prédécesseurs, ni flattée par les éloges qu'ils ont méritez ; ils abandon-nent aisément le passé, pour être maîtres du présent, & toutefois c’estdans le passé mêmequ’ils peuvent apprendre à jouir de leur gloire & à l’assurer pour l’avenir ; ces grandsnoms ne passant point impunément à la Postérité, au lieu que les sujets, obscurs danstous les âges, n’ont tout au plus besoin que de patience pour le présent.

Je ne craindrai donc point de rappeler, par le moyen de l’Histoire, nos usages pré-sens à leur véritable origine ; de découvrir les principes du Droit commun de la Na-tion, & d’éxaminer avec ordre ce que l’on y a changé dans la fuite des années ; la ju-stice ou l’injustice de ce changement ; quand le dessein y a eu part, ou la force desidées populaires, lors qu’il est nécessaire de la rapporter aux différens caractères deshommes qui ont vécu dans l’étenduë d’un si grand nombre de Siècles. Mes vûës, dansce nouveau travail, font aussi respectueuses pour le Gouvernement fous lequel nous vi-vons, qu’elles seront fidelles dans la discussion de ce qui peut y être ajouté pour le rendreaussi durable qu’il est absolu & aussi favorable aux sujets que nos Peres & nous-mêmesl’en avons veu choisir. Je dirai même qu’un dessein si utile à tous les Membres de l’E-tat & au Chef qui le doit un jour gouverner, ne fera jamais suspect qu’à ceux qui pro-fitent de l’ignorance commune pour des fins qui méritent l’indignation du Prince même,quoiqu’elles -semblent flatter son autorité ; & c’est ainsi qu’en justifiant les changemensque je me fuis crû obligé de faire aux Mémoires des Intendans, je justifie pareillementle dessein que j’ai pris de donner une Histoire raisonnée de la Monarchie Françoise, la-quelle tirera moins d’autorité de l’éxactitude des dates, quoique j’aye lieu de croirequ’il s’y trouvera peu de fautes en ce genre, que de la juste peinture du caractère desRois, dont elle rapporte les actions & de celles des mœurs de leur tems. J’ose mêmesoûtenir, comme je l’ai déja avancé, qu’une telle Histoire est plus nécessaire au grandPrince, qui a formé le projet d’un détail de la France, que toute autre espèce d’in-struction & qu’il est plus difficile de lui tracer un pareil tableau, que de lui représen-ter l’Etat présent du Royaume ; mais que de tous deux ensemble, il tirera plus de lu-mières qu’aucun de ses pareils n’en a eu depuis le commencement de la Monarchie.J’ajouterai ici des vœux sincères pour que mon travail puisse lui devenir agréable &

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