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Mémoires Historiques.
C l o v i s I. Neuvième Roi.
Clovis I. /”"îLOVIS, fils de Childeric, succéda à la dignité de son Pere, parmi les Ripuairesou Francs de la Belgique & fut peu après élû Général de l'armée par les Sali-ens qui l’accompagnoient : Nous avons, dans le Recueil de Du Chesne, une Lettre deS. Remy, Evêque de Rheims, addressée à Clovis, par laquelle il le félicite fur le choixfait de fa personne pour remplir la dignité de Général. Je doute néanmoins qu'onpuisse la rapporter à cette occasion, tant à cause de la grande jeunesse de Clovis, queparce qu’il n’étoit pas encore Chrétien : toutefois Remy étoit Evêque dès l’an 471.
Clovis étoit un jeune ambitieux, féroce, hardi, cruel, & très-rusé : c’estàdire, qu’iJpossédoit les véritables qualitez d’un Héros barbare. D’autre part, les Romains de sontems étoient au dernier déclin de leur puissance. L’Empire ne se soutenoit plus, &par rapport aux Provinces Belgiques & aux deux Lyonnoifes, qui étoient encore Ro-maines, le Commerce avec l’Italie leur étoit coupé par les dominations des Visigots &des Bourguignons. Clovis profita en habile homme de ces circonstances ; il attaquad’abord Siagrius, fils d’Egidius fous le prétexte de la jalousie du titre de Roi des Francs ;il lui livra divers combats, le défit fous la ville de Solfions & le pressa de telle fortequ’il fut réduit à se sauver chez les Visigots à Thoulouze. Mais Clovis envoya d’abordle demander au Roi Alaric II. lequel, par une timidité que Grégoire de Tours ne peuts’empêcher de blâmer, le livra aux Ambassadeurs, qui le ramenèrent chargé de chaînes.Clovis le traita avec quelque douceur dans Je commencement & eut l’adresse de l’enga-gér à lui remettre des ordres pour les garnisons Romaines, qui gardoient encore lesprincipales villes de la Belgique & de la seconde Lyonnoise, & par cette ruse singu-lière il devint maître de Rheims, de Provins, d’Auxerre, d’Orleans, de Sens & detoutes les autres villes de ces Cantons jusqu’à la Loire : avantage inexprimable par rap-port à la Nation, qui n’ayant qu’une armée médiocre & nulle éxpérience des Sièges, feseroit ruinée devant la limitrophe de la Thuringe. Les Romains ne purent voir cetteprospérité sans inquiétude & fans jalousie, & c’est ce qui les porta à former une liguecontre les Francs, de laquelle nous verrons ci-après les effets.
En 493, Clovis épousa Clotilde, fille de Chilperic, autrefois Roi en Bourgogne,que son frere Gundebaut avoit fait mourir pour régner seul. Cette Clotilde, quoiqueChrétienne & Catholique & à présent reconnue pour Sainte, conserva toute sa vie le dé-sir de venger son Pere & porta cette vengeance jusqu’à la ruine de sa maison. Lepremier fils qu’elle eut, fut nommé Ingomer & bâtizé, comme le raconte Grégoire deTours, malgré le Paganisme du Roi son Pere -, mais il mourut bien-tôt après, ce quidonna occasion à Clovis de s’en prendre à la Religion Chrétienne. L’année suivante495, la Reine mit au Monde un second Fils, qui fut encore bâtizé & nommé Clodo-mer. L’Histoire dit qu’il pensa mourir comme ion aine, aulsi-tôt après fa naissance ;mais qu’il fut conservé par les prières de sa Mere & que cet événement rendit le Roibeaucoup plus favorable à la Religion.
En 496. les Allemands ayant passé le Rhin, dans le dessein de chasser les Francs dela Gaule, envahirent les terres des Ripuaires de Cologne. Sigebert leur Roi eut re-cours aux Saliens & à Clovis, & ces peuples réunis leur livrerent bataille à Tolbiac, queMezeray a cru être Zulg à 10. lieues de Cologne, mais que je pense avoir été situébeaucoup plus haut fur le Rhin. Le danger y fut si grand pour Clovis, q ue dans l’éx-tremité, il jura de fe faire Chrétien, s’il obtenoit la victoire. II l’obtint en effet si com-plette, qu’il délivra la Gaule pour toujours de la crainte des Allemands.
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