Mémoires Historiques. 11
II ne reíloit après cela qu’à accomplir son serment. II s’en acquitta avec fidélité ; Clovis I.il se fit instruire, pendant le chemin de son retour, par Vedast, alors simple Prêtre, quiPayant premièrement catéchisé à Toul, le mena à Riïly s ur aisne, ou il le'remit entreles mains de Remy, Evêque de Rheims, lequel acheva ce grand ouvrage & fit la céré-monie du batême de Clovis, de ses deux sœurs & d’environ 3000. hommes de sesTroupes, dans l’Eglise de S. Martin, hors de la ville, la veille de Noël en 496. Al-bofrede, Pune des Princesses batizées, mourut peu après & nous avons encore la lettrede Consolation que S. Remy écrivit à Clovis fur ce sujet.
Le Christianisme de Clovis est regardé par les uns comme un effet miraculeux de laGrâce divine & par les autres comme l’un de ces coups de Politique qui ne font misen usage que pour tromper les peuples. En effet, st d’un côté, il paroit du prodige dansla victoire du Tolbiac, on voit de l’autre que Clovis Chrétien fut reconnu avec em-pressement par les Gaulois : mais on ne voit pas qu’il ait été depuis ce tems-là ni plusfidelle, ni moins sanguinaire : il étoit pourtant vrai Catholique, loué, flatté & exalté partous les Evêques de son tems. Ce fut même, st l’on en croit quelques Historiens mo-dernes, par zèle de Catholicité qu’il entreprit une nouvelle guerre contre Gundebaut,
Roi de Bourgogne, Arien de Religion. II est vrai qu’ils disent aussi que Clotilde enfut l’instigatrice par le motif de sa vengeance particulière. Quoiqu’il en soit, Clovisporta la guerre en Bourgogne & défit Gundebaut dans une grande bataille qu’il luidonna auprès de Dijon, fous le Consulat de Patricius & d’Hypatius, c’est à dire, enl’annee 500. Le vaincu se soumit à toutes les Conditions qui lui furent imposées &ilconsentit à partager son Royaume avec un frere qu’il avoit encore & à payer un tri-but pour ce qui lui restoit. C’est ainsi qu’il sauva sa vie & son Etat pour cette fois.
En 502, la réputation des armes & de la Religion de Clovis porta tous les peuplescompris entre la Mer, la Loire & la Seine à se donner à lui, comme ils avoient été auxRomains. Après quoi, ce Prince passa dans les Armoriques, où il se rendit maître desprincipales places & particulièrement de Vannes. II paroit qu’il confia la garde de toutce grand païs à un Corps de Troupes & à un Général ou Roi particulier, qui réfìdoitau Mans ; mais il sçût bien s’en défaire dans la fuite.
J’interromps ici le récit de la fortune & des actions de Clovis, à l’imitation de Gré-goire de Tours, qui a jugé à propos de faire connoître l’état de la Gaule &Hes diversintérêts des Peuples qui l’habitoient, avant de toucher l’hiftoire de la Conquête de l’A-quitaine.
Les Romains avoient été maîtres de la Gaule durant 500. ans ; ils y avoient intro-duit leur langue & leurs mœurs ; les esprits s’étoient formez fur leur jurisprudence &sur les règles de leur gouvernement, quoiqu’il fut très-dur pour les peuples, que laforce feule avoit accoutumé au joug. Dans la fuite, la Religion Chrétienne ayant ga-gné le dessus à Rome, passa aussi dans la Gaule & y fit un progrès fi rapide, qu’autems de la Conquête il n’y restoit presque plus de Payens : mais l’Hérésie Arienne quis y étoit introduite, auroit bien-tôt étouffé la sainte Doctrine, malgré l’attachement queles peuples avoient pour elle, si Clovis ne l’eut protégée & tirée glorieusement du dan-ger qu’elle couroit.
Les Bourguignons descendus, selon Avicenne & O rose, des premiers Romains queDrusus & Tibere établirent en divers postes de la Germanie, n’étoient pas les premiersBarbares qui eussent attenté fur la Gaule ; mais ils furent les premiers qui s’y établirent, ^ ean Par ; ssavoir sur les bords du Rhin en 407, & depuis ils occupèrent les Provinces Sequannoise, Mem.Hist.Lyonnoise & Viennoise, parce que le Patrice Constance, Pere de Valentinien III, leurcéda ses Provinces par un traité solemnel en 414 : mais quoiqu’ils eussent droit de s’enemparer, comme maîtres ; ils se contentèrent d’y être reçûs à titre d’hospitalité. GnAuteur ancien dit, après Socrate l’Historien, que les Bourguignons étoient des hommessimples & pacifiques, presque tous artisans & fort contens de gagner leur vie par leur
o travail.
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