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Tome premier.
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t% Mémoires Històri qu e s.

Clovis I. travail. D’un autre côté, Salvien dit qu’ils étoient les plus foibles & les plus lâches desBarbares ; s’étonnant par cette raison que la Justice divine leur eut livré les plus bellesProvinces de la Gaule. Dans le fait, l’hu'manité extraordinaire qu’ils témoignèrent encette occasion, avoit son principe dans l’estime que les peuples ignorans, mais dociles,avoient conçûë pour les moeurs & les sciences des Romains, qui fut telle, que non feule-ment ils embrafíêrent le Christianisme & peu après l’Arianistne, qui en paroissoit uneRéforme ; mais qu’ils se laifferent tout à fait gouverner par les Ecclésiastiques, lesquelsd’ailleurs ne connoissanc de justice que celle à laquelle ils étoient accoutumez par lesLoix Romaines, persuadèrent aux crédules Bourguignons de renoncer à celles qu’ils ontapportées de leur pais, & d’en former de nouvelles, dont ils se rendirent les arbitres.De cette simplicité & de ce zèle pour la justice, il n’y avoit qu’un pas à faire pour ren-trer dans la vraye Religion. Aussi la Grâce leur fut fidelle ; ils redevinrent CatholiquesLc depuis on vit fleurir fous leur protection, non seulement leVArts & les Lettres, maismême les vertus sanctifiantes ; de forte que le Royaume de Bourgogne devint la retraitedes Savans & de quantité de Saints, obligez d’abandonner les autres parties de laGaule, à cause des persécutions qu’y foudroient les hommes pacifiques.

Quant au Roi Gundebaut, qui étoit Roi contemporain de Clovis, il aimoit la do-mination & la règle, quand il avoit le plaisir de l’ordonner. II avoit aussi de grands ta-lons ; mais il étoit né avec une disposition de fortune si changeante, qu’il perdit sa cou-ronne & la regagna plusieurs fois : de forte que son intérêt n’étoit que de ménager sesvoisins & particulièrement Clovis, dont la fortune íembloit menacer la sienne.

Après le sac de Rome qui arriva en 410, les Ministres d’Honorius voulant éloignerles Wisigots de l’Italie, leur cederent la Gaule Narbonnoise &l’Espagne-, le mariagede Placidie, sœur des Empereurs, avec le Roi Ataulphe, fut le lceau de ce traité :mais Ataulphe étant mort & Placidie ayant passé à un second mariage avec le PatriceConstance, celui-ci fit un nouveau traité avec Vallia, nouveau Roi des Wisigots & luiabandonna la Gaule Narbonnoise avec toute l’Áquitaine, c’est à dire toute la Gaule en-tre les deux Mers, le Rhône, la Loire & les Pyrénées. Èn conséquence de cette union,Vallia & son Successeur Evaric assujétirent toutes les Contrées cedées ; mais ils les as-sujétirent par force, à cause de la différence de Religion, parce qu’ils étoient Ariens.

L’Auvergne, où la domination Romaine étoit la plus aimée, & le Poictou, où l’onétoit le plus attaché à l’Orthodoxie, à cause que S. Hilaire, qui en avoit été autrefois leplus zélé défenseur, y avoit formé la Religion, furent les Provinces qui leur firent plusde peine. L’Auvergne se défendit long tems ; mais le Poictou leur échappa le premier.II semble donc que leur intérêt & leur politique dévoient être de bien assurer leur pos-session & de ne point s’attirer de nouveaux ennemis, lors qu’ils en avoient tant de dome-stiques.

Pour les François, ils occupoient la Belgique & les Germanies entieres, la seconde &la troisième Lyonnoise, avec une partie de la Senonoise : nous avons vû par quels pro-grès ils étoient venus si avant ; mais la Fortune qui les y avoit conduits, les destinoit en-core à de plus grandes possessions. Nous allons voir comment ils les acquirent aux dé-pens des Wisigots les premiers & ensuite des Bourguignons.

H y a bien de l’apparence que Clovis employa les années de repos dont il jouit aprèsla guerre de Bourgogne, à fixer la police des François & de leurs nouveaux sujets. C’étoitfans doute un grand ouvrage, pour la perfection duquel il eut besoin des plus sages dela Nation : mais comme les Francs n’avoient pas encore l’usage des lettres & que la dif-férence du langage empêchoit les Gaulois de savoir ce qui fe passoit entr’eux, ces Consti-tutions ne furent point écrites, & tout ce qu’on en fçait aujourd’hui, ne fe tire que dequelques Lettres de la Loi Salique, de la narration historique de quelques faits particu-liers, & des usages dont la Mémoire s’est conservée. Nous tâcherons cependant d’en

former