Band 
Tome premier.
Seite
19
JPEG-Download
 

Mémoires Historiques t f

voient être, pendant que toute la Fortune des Gaulois étoit bornée selon la volonté dtíVainqueur.

(L

III. Avantages des François après

la Conquête.

A PRES avoir établi l’indépendance & la noblesse Françoise, je me crois obligé Avantag jde montrer en détail quels en étoientles avantages réels ; que je réduis à quatre : DE LAI. L’exemption de toutes Charges, à l’éxception du Service Militaire : H. L e par- franç. MBtage de tout ce qui étoit acquis en commun, butin ou terres : III. Le droit de jugerses pareils & de ne pouvoir être jugé que par eux en matière criminelle, avec celui dedélibérer fur toutes les causes & matières qui étoient portées à l’Assemblée générale duchamp de Mars : IV. Enfin le droit de défendre fa personne, ses biens, ses amis, sonintérêt, & de les revendiquer lors qu’ils étoient attaquez par qui que ce put être. Nousexaminerons chacun de ces droits en particulier.

I. Les François n’ignoroient pas ce principe universel du Gouvernement, Que lapaix qui en est: toujours l’objet nécessaire, n’est acquise & conservée que par la guerre ;que la guerre ne se fait point sans troupes ; que les troupes ne subsistent que par lasolde, & que la solde n’est payée que par les impôts : mais la ruine de l’Empire Ro-main, qui se passoit à leurs yeux, de cet Empire qu’ils voyoient ne pouvoir se soute-nir, ni par les nombreuses armées, ni par les prodigieux impôts, qu’il tiroit du mondeentier, les engagea à raisonner tout autrement que ceux qui les gouvernoient.

Le principal défaut des armées Romaines étoit visiblement que les soldats & les offi-ciers qui les composoient, presque tous étrangers, la plupart Gots, Asiatiques ouAfriquains, n’étoient aucunement intéressez aux guerres qu’on leur faiíojt faire , lepayement de leur solde étoit tout ce qu’ils pouvoient mériter ; & si quelqu un d entr euxparvenoit aux hautes dignitez, íbn élévation ne paroiíîoit aux autres que comme uncoup de fortune, qui pouvoit exciter leur jalousie, mais qui ne pouvoit les flatter d’unsuccès pareil. Quant aux impôts regardez comme le nerf de la guerre & de la dé-fense d’un Etat, ils voyoient bien que l’épuisement de l’argent des Provinces, en ren-doit la perception impossible ; les altérations de la monnoye, qui n’étoit plus que de cui-vre couvert d’une legere feuille d’argent, ne la rendoient pas plus commune. En forteque la rigueur des subsides accabloit les peuples fans fortifier l’Etat, désolait les Pro-vinces, empêchoit la culture des Terres, faisoit perpétuellement flotter les hommes entreles horreurs de la famine & la non-valeur de leurs récoltés & rendoit enfin leur con-dition fi misérable, que les pestes & ] e s maladies epidémiques étoient regardées commeune faveur du Ciel, qui vouloir délivrer ses élus de la ruine générale du Siecle.

La Police naturelle des François rémédioit à la plupart de ces défauts du Gouver-nement Romain : ils étoient tous soldats, tous égaux, tous libres, tous intéressez aumême but ; acquérir & conserver en commun, & jouir en particulier. Ainsi leursarmées qui s’étoient formées fans esperance de solde, quand elles envahirent la Gaule,n’eurent garde d’en prétendre après savoir conquise ; elles se contentèrent de la sub-sistance abondante que ses différens pais lui fourniflfoient ; & c’est pourquoi toute la

politique des François se renferma à tenir leur jeunesse aflêmblée en corps d’armée, a

étabiír