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Memotres Historiques.
Avantag. établir des magazins publics dans chaque Canton pour fa subsistance & à consoler leNoblesse peuple sujet, en abolissant les impôts pécuniaires qu’ils ne pouvoient fournir pour enFranç. substituer de réels en denrées qu’il leur étoit d’autant plus aisé de donner que dans leclimat hûreux de 1a Gaule, ces denrées surabondantes lui auroient souvent été à charge,parce qu’alors le commerce n’étoit point pratiqué.
On voit donc que les François ne pensèrent aucunement à perdre, après la Conquête,les avantages naturels dont ils avoient été si jaloux au milieu de leur pauvreté, liberté,indépendance, jouissance paisible de ce qui leur appartenoit ; mais pour assurer cesbiens il leur faloit des armées intéressées à leur conservation, & ils les composèrent deleurs frétés, de leurs enfans, qu’il étoit nécessaire d’accoûtumer à la même discipline& de nourrir dans le sentiment de l'intérêt commun. Ainsi chaque François étoit, parRengagement de fa maison, redevable à l’Etat d’un service personnel & militaire, tant & silong tems que son âge & sa constitution le permettoient : mais il ne de voit que cela ;il n’étoit d’ailleurs sujet de personne & poíïedoit ses biens librement. Grégoire de* Lib.v». Tours faisant le récit des éxcès commis par le Patrice Mummole, l’accuse d’avoiras-ca P- l f- j eS F ran ç 0 i s à R impôt public, au préjudice de leur droit : c’est le sens de ces pa-
roles ; Multos de Francis , qui t empare Childeberti Régis feniores ingenui fuerant , publico tri-buto subegit. Crime atroce dans ce Ministre & qui ne fut éxpié que par fa mort ; tantil est vrai de dire que les François étoient absolument libres. C’est ainsi par cette rai-son que le mot à'Alleud, qui éxprimoit ces sortes de biens, propres aux Leudes ouFrançois, présente encore à nôtre imagination Ridée d’une Terre libre & indépen-dante.
Le Gaulois sujet ne devoit au contraire aucun service à la guerre, & en effet quelintérêt auroit-il eu à maintenir la Conquête de ses Maîtres ? il auroit même été dange-reux de lui mettre les armes à la main. Ainsi on n’éxigea rien de lui à cet égard ;c’étoit tellement Rassasie des François, qu’ils ne jugeoientpas la devoir, ni pouvoir con-fier à d’autres. Sage & judicieuse précaution, à laquelle la Monarchie doit sa gran-deur & sa durée : mais en revanche, le Gaulois sujet fut obligé de fournir à ses Maî-tres son travail manuel pour toutes fortes d’ouvrages & spécialement pour la culturede la Terre, qui étoit le principal & celui dont les Maîtres & les Sujets dévoient tirerleur subsistance, quoique d’une maniéré inégale, puis que les premiers se destinoient àvivre dans Rabondance & les seconds étoient contens du nécessaire, dont ils avoient presquetoujours été privez fous la domination des Romains.
Pour comprendre la cause de la Mi fer e publique de ce tems-là, il n’y a qu’à se sou-venir de ce que j’ai déja remarqué touchant la dureté des impôts Romains, lesquels étantdevenus capitaux & pécuniaires depuis Constantin, & de plus, beaucoup au dessus desforces de ceux à qui on les demandoit, les réduisit à vendre tout ce qu’ils avoient pours’en acquitter. C’est la raison de ce que j’ai dit ci-dessus que leurs sujets flottoient per-pétuellement entre les horreurs de la famine & la non-valeur de leurs récoltés, parceque, ou leurs terres ne produisoient pas assez -, ou bien lors qu’elles rendoient suffisam-ment, le prix de la yente à non-valeur qu’en faisoient les particuliers ou que les éxa-cteurs en faisoient eux-mêmes, n’acquittoit pas les débiteurs. Ainsi les François soula-gèrent infiniment leurs sujets, quand au lieu d’argent qu’ils n’avoient pas, ils se con-tentèrent des denrées qu’ils pouvoient fournir ; méprisant, tout barbares qu’ils étoient,Ravarice des Romains & s’interdisant une police cruelle & mal-ordonnée, dont tout l’ef-fet étoit de réduire les peuples au désespoir, ou de convertir en déserts les plus beauxpaïs du monde.
C’est ainsi que la Conquête des François eut un effet tout différent de ce qu’on avoitappréhendé. Les Provinces s’emprefferent de les appeler a leur secours & de se sou-mettre à leur Gouvernement, se trouvant plus hûreux dans cet esclavage nouveau,qu’elles n’avoient été dans la jouissance de la fausse liberté dont les Romains les avoient
flattez.