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Partage v oit faire à Soissons. 2. Parce que la brutalité du soldat, qui auroit été punie sur lechamp par les mêmes officiers, rendoit un témoignage si décisif à l’autorité de Clovis.z. Parce qu’il seroit absurde de penser que Clovis, maître & engagé par raison d’Etat,ou tout au moins par fa promesse, à la restitution de ce Vase, eut déféré à l'oppositiond’un seul homme,
Mais celui dont je parle va plus loin -, il prétend que quand le discours dont il s’agitseroit supposé, il fait toûjours preuve de l’idée que l’on avoit du tems de Grégoire deTours de l’autorité absolue des Rois. A cela je répons que le contraire même estprouvé par l’histoire de Grégoire, laquelle à chaque page nous représente le caractèreviolent des Princes de son tems, obligez de plus sous les règles du Gouvernement. Jen’ignore pas qu’ils les ont violées, quand ils ont pû le faire impunément ; mais c’estprécisément ce qui me fait conclurre que Clovis fut obligé de déférer à l’opposition dusoldat, parce qu’elle étoit dans l’ordre commun.
11 est donc certain que les Francs partageoient entr’eux également le profit qu’ils fal-soient par leurs pillages, & c’est pour cela que se considérant dans ce premier temscomme des Nomades qui n’avoient rien de propre que leurs meubles & leurs Bestiaux,ils n’eurent pas d’autre objet dans l’institution de leurs premières Loix. Mais après queClovis eut chassé les Romains, l’état de la Nation se trouva bien différent de ce qu’ilétoit auparavant. Les Provinces, dont elle tiroit fa subsistance par la voye des armes& du pillage, lui étant devenues propres, il n’auroit pas été raisonnable de traiter enennemis, des peuples qui ne refusoient rien à leurs nouveaux Maîtres. Ils jugèrent doncque pour en tirer la même subsistance, & même pour la doubler & tripler, il n’y a-voit qu’à partager entr’eux les pais conquis & leurs habitans, comme ils auroient fait'un autre butin.
.L’Antiquité des événemens, qui nous dérobe une infinité de circonstances, jointe aupeu de mémoire qui s’étoit conservée du détail du règne de Clovis, nous laisse ignorerla précision de ce partage des terres, i. par rapport à la quantité que les François s’ap-proprierent : 2. par rapport au choix qu’ils en firent : 3. par rapport aux personnes àqui elles échurent. II faut pourtant essayer de former une idée probable fur ces diffé-rentes choses, autant que leur obscurité le peut permettre.
La règle que les Romains suivoient universellement à l’égard des peuples vaincus parles armes, étoit de s’en approprier toutes les terres & d’en réduire les habitans en escla-vage ; ou si quelquefois, par un effet de la pitié des Généraux ou des Soldats, ils accor-doient la liberté à quelque partie de ces peuples malhûreux, ils ne leur laiffoient quele rebut des Terres, Lc ils, les chargeoient d’en rendre aux Exacteurs, tantôt la moitié,tantôt le quart, le cinquième ou le dixième des fruits, selon qu’ils vouloient les favori-ser : mais les Barbares, qui, comme l’on fçait, inondèrent & partagèrent l’Empire, fu-rent beaucoup moins rigoureux. On a vû ci-devant que les Bourguignons accepterentla cession des trois grandes Provinces fur le pié qu’ils auroient pour eux le tiers deshommes & les deux tiers des terres, mais que dans l’éxaction ils furent si modérez, qu’ilsse contentèrent de l’hospitalité. Les François éviterent ces deux éxtremitez ; il y auroiteu trop d’inconvénient à dépouiller généralement tous les Gaulois ; ils étoient même entrop petit nombre pour le pouvoir faire avec utilité ; d’autre part ils n’avoient gardede faire une faute semblable à celle des Bourguignons, qui s’étoient eux-mêmes dégra-dez, recevant à titre de Précaire ce qui leur auroit appartenu à titre Souverain. C’estpourquoi sons se départir du droit que la Conquête leur donnoit sur le tout, ils sc con-tentèrent de prendre une certaine quantité des meilleurs terres & laissèrent la propriétédu reste aux Gaulois, aux charges qu’ils jugèrent a propos de leur imposer. Me-zeray dit qu’ils s’approprierent le quart des terres & des hommes & que dans quelquesendroits ils prirent jusqu’aux tiers. Pour moi je juge qu’ils n’observerent point de rè-gle uniforme Sc qu’ils se conduisirent encela selon la nécessité Hc la bienséance ; c’est à