Me moires Historiques
dire, que lors qu’ils se trouvèrent un grand nombre de François à partager un pais depeu d’étenduë, ils en prirent une plus grande quantité que lors qu’ils avoient peu demonde à placer dans un grand terrain.
Ainsi, par exemple, dans la Flandre & dans la Picardie, ils occupèrent toutes lesterres presque sans exception : r. parce qu’ils étoient alors un grand nombre & res-serrez dans un païs étroit entre des Rivières & des Forets : 2 . parce que ces Cantons»qui avoient été si souvent ravagez par leurs propres courses, n’avoient plus qu’un petitnombre de leurs habitans : 3. parce qu’ils s’y placerent avec une espèce d’avidité, d’au-tant qu’ils n’avoient que l’esperance du grand succès, qui favorisa depuis leurs armes -,mais quand ils eurent ajouté l’Isie de France, le païs de Caux & la Champagne à leurpremier établissement, ils se trouvèrent tellement au large, que lé tiers ou le quartdes terres leur fusil soit : il n’en pût toutefois être de même des hommes ; car plus leurspoìiessions étoient spacieuses, plus il leur saloir de serfs pour les faire valoir, & c’estpourquoi nous voyons que peu après ce tems-là, toute la richesse des particuliers con-fident en la quantité de ses sujets & conséquemment que toutes les difficultez qui nais-soient entr’eux, rouloient toujours sur la condition des hommes, ou fur le droit de fuiteque chacun pouvoir exercer. A la fin toutes les Provinces d’Outre-Seine s’y donnerentaux Francs : Aussi le champ devint si grand, qu’il ne fut plus question du tiers, ni duquart des terres ; la Nation n’étant pas assez nombreuse pour les occuper.
La quantité des terres s’accrut de nouveau par l’éxpulsion des Wifigots, mais ce futavec si peu de proportion au nombre des François, qu’il ne leur fut pas possible de leshabiter dans leurs moindres parties. En effet, un Franc s’y seroit trouvé presque seul,au hazard d’étre mille fois égorgé par ses sujets, s’il leur avoir été à charge, & de plusfans aucune société par l’ignorance de la Langue commune. Cependant il saloir desFrançois pour contenir ces différentes Provinces, ou pour les défendre en cas qu’ellesfussent attaquées. II faloit aussi des Magistrats supérieurs & inférieurs pour les gou-verner ; on ne pouvoir pas s’en rapporter aux Naturels, car ils n’auroient pas long temsçonnu leurs Maîtres & il se seroit formé autant de souverainetez particulières qu’il yauroit eu de juridictions différentes. Ces considérations déterminèrent Clovis. & toutela Nation à prendre un parti singulier à l’égard de ces Provinces. Ils leur imposèrentdes tributs en essence pareils à ceux des autres Provinces & les obligèrent de les amasseren dinérens Magazins, où ils étoient gardez pour la subsistance des Troupes ; ils dé-tachèrent du commun des terres, certaines grandes poíïeffions dans le voisinage desVilles pour demeurer propres au Magistrat de chaque lieu & c’est ce qui COlTìpoia dansla fuite le revenu des Emplois, qui étoient nommez Benesices, qu’ils conférèrent auxplus sages & aux plus expérimentez de la Nation, à ceux qui ignoraient le moins lelangage Romain qui étoit en usage dans la Gaule ; enfin ils donnerent à ces Dignitezles mêmes noms & les mêmes fonctions qu’elles avoient euè's chez les Romains, fous lesexceptions que nous marquerons ci-après. Le Duc avoir celle de Chef & de Gou-verneur de la Province ; le Comte, celle de rendre la justice dans une ville ou un di-strict particulier.
Mais la précaution principale & souveraine de ce Gouvernement consistait dans lesforces militaires. nos François eurent à cet égard foute la prudence possible ; 11s sedonnerent bien de garde de les diviser, I e petit nombre les auroit rendu méprisables& (bailleurs les auroit exposé au danger d’être accablées ; ils préférèrent leur fureté àla tranquillité des Provinces. Ainsi, par exemple, tenant une grosse armée dans l’A-quitaine, laquelle se portoit aux lieux différens, selon l’éxigence des affaires, ils étoientredoutez par tout & n’incommodoient qu’un endroit à la fois. U pouvoir arriver dutumulte en quelque Canton, comme il cn arriva souvent clans la Novempopulanie ;mais la feule autorité des Magistrats les appaisoit ; ou bien, s’il étoit nécessaire d’y con-duire
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