Mémoires Historique s, 31
que ía plus part des biens des Gaulois passèrent depuis aux mains des Francs ; ce qui Exclusiondonna lieu dans la fuite à la distinction des Terres, ou Alleuds, en Saîiques & non Sa- femelles.liques, c'est à dire, exclusifs, ou non exclusifs des Femelles. II y a même apparenceque cette distinction avo'it déja lieu du tems de Clovis ; car il e st difficile d’éxpliquerautrement que par rapport aux Alleuds non Saîiques le 3. & 4. articles du titre 62.
Mais ce qui est surprenant c'est qu’une Loi si sage & si avantageuse à la Nation,attira la haine & les imprécations des gens d’Eglise & demeura enfin décriée comme unreste du Paganisme. Marculph, qui nous a laissé des Formules des Actes que l’on pas- Marculph.soit de son tems, faisant parler un Pere qui veut, malgré la Loi, accorder à s a fille le foi.',!.'droit de lui succéder & de partager avec ses frétés, lui fit dire : Nous gardons une coû-iume ancienne , mais qui eft impie, par laquelle la sœur est éxcluë de partager avec ses freres.Cependant le Moine qui parle ainsi, n’étoit ni Gaulois, ni Romain ; car son nom ledesigne d’origine barbare : d’où il s’enfuit que nourri dans les idées de ses Peres iln’auroit pû parler si injurieufement d'une Loi ancienne, si le préjugé du Clergé n’avoitpas gâté son jugement.
J’appele cette opinion, Préjugé ; parce qu’outre l’intérêt que les Ecclésiastiques onteu de tout tems à rendre les femmes puissantes, à cause de la facilité plus grande d’entirer des Legs pieux & des aumônes, il est certain que ceux de ce tems-là étoient assezgrossiers pour s’imaginer que l’Evangile & les Loix Romaines a voient une rélation né-cessaire & qu’ils n’ont jamais sçû distinguer P usage de la justice de sa réalité ; quoi qu’ilsoit évident que P Evangile n’autorise, ni ne condamne aucune Loi particulière de cel-les qui ne font pas contraires au Décalogue, & qu’au contraire il en prescrit Pobserva-tion par principe de Conscience sans discuter le droit de la puissance séculière qui lesétablit. Cependant malgré le peu de fondement de cette prévention, les conséquencesen furent telles, que tous les François se picquerent enfin de renoncer aux droits desMâles : de forte que fous la troisième Race des Rois, toutes les Terres Saîiques ont tel-lement perdu leurs privilèges, qu’il n’en est demeuré aucune, dont les filles ayent étéexclues, non pas même les anciennes Pairies, qui tenant de plus près à la Couronnepar leur dignité, par leur étendue & par l’usage commun des Droits Royaux, auroientdû le conserver ; elles font néanmoins toutes tombées en quenouille, les unes après less-utres, fans éxcepter la Bourguogne. Ainsi si cette Exclusion subsiste encore à l’égardes appanages des Fils de France, on est obligé de reconnoître que c’est par un prin-cipe tout différent de celui de la Loi Salique, bien qu’elle lui prête son nom & sonautorité.
IX, Etat des Peuples après la Con-quête,
J E n’entrerai pas dans un plus grand détail de ce que contiennent les autres titres Etat desde cette Loi, dont les matières sont en effet de très-légere importance ; mais jecroi pouvoir m’en servir utilement pour éxpliquer les différentes conditions des hommesde ce tems-là, & p 0ur faire connoître les fonctions des dignitez qui devinrent en usageparmi les Francs, d’autant que c’est un point de leur Elistoire qui me paroit mal é-clairci.