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Tome premier.
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31 Mémoires Historiques.

Etat des Je remarque d’abord à l’égard des Peuples sujets que les Loixles divisèrent en troisEtats, les Ingénus , ou Libres, qui étoient ou François ou Romains, les Lides, & les Serfs.Les Ingénus, ( Ingenui ) de quelque nation qu’ils fussent, possédoient leur bien en toutepropriété, terres, meubles, esclaves, & n’étoient tenus d’autre chose, au moins pourles François, que du service militaire, & les Romains ou Gaulois que de la contribu-tion générale que toute la Nation sujette devoit aux Magazins publics. Je dirai enpassant que ces Magazins étoient nommez en Langue Franque, Mabelon , & en LatinMecholum , dont Vendelin a tiré l’Etymologie du nom Flamand de la Ville qu’il prétendavoir été originairement l’un de ces grands Magazins. [Cette Ville est apparemment Ma-lines, en Flamand Mechelen.']

Les Ingénus Romains étoient encore obligez à défrayer les Magistrats dans leur pas-sage, ainsi que les Envoyez ou Messagers du Roi, à qui ils dévoient de plus fournirdes Voitures avec des Lettres de recommandation pour les lieux les plus prochains dela route qu’ils avoient à faire dans tout le reste. Ces Ingénus jouïssoient ou dévoient jouird'une liberté & disposition de leurs biens selon leur Loi naturelle : mais il faut avouer queles passages du Roi ou Magistrats, & bien plus encore ceux du Roi même, qui se faisoientà la charge particulière des Evêques, étoient de rudes courvées pour ceux qui étoient obli-gez d’en faire les fraix. II faut dire encore qu’entre les Ingénus Romains,il y en avoitde deuxsortes ; les Romains propres & les Gaulois naturels, desquels les Francs faisoient bien plusd’estime que les premiers ; ce qu’on reconnoit au prix que la Loi mettoit au sang des uns* JEROME & des autres, ainsi que le grand * Bignon l’a remarqué dans ses notes fur la Loi 8a-Bignon, lique. Cependant cette distinction ne subsista pas long tems, & l’on volt qu’elle com-

General mençoit à s’abolir dans le tems de Grégoire de Tours, qui fous le nom de Romains,

au Parlem. comprend en général les Ingénus des Provinces & quelquefois les seuls Catholiques,de Pans. Mais jj ne f aut pas omettre de remarquer comme une chose des plus importantes,que parmi les Ingénus il y en avoit de plus nobles les uns que les autres & que ceuxqui se picquoient de cette Noblesse, prenoient ordinairement le titre de Sénateurs, ouperfonellement ou pour leur famille, en forte que Grégoire de Tours & les Vies desSaints de ce tems-là employeur communément le terme de Sénateur, ou de Senatorius :On y trouve même celui de Senatrix , Senatrice, attribué à une femme ; ce qui faitconnoître que l’usage confondoit cette expression avec celle des Nobles. Et quant àl’origine de cette qualité de Sénateur, on peut la rapporter, ou au véritable SénatRomain, dans lequel on sçait que plusieurs familles Gauloises furent appelées ; ou auSénat des Villes Gauloises qui jouïssoient du droit Italique, lesquelles étoient en grandnombre, fur tout dans les parties méridionales. Ainsi, de façon ou d’autre, il est cer-tain que cette Noblesse, tirée de la Magistrature, n’avoit rien de commun avec celle de

la Nation Françoise, qui étoit toute militaire.

X. Des Lides.

lides. T ES Lides, ou Lites, étoient une espèce d*Affranchis, qui jouïssoient d’une demi-J —i Liberté, dont l’étenduë étoit bornée à la propriété de quelques biens mobiliaires,argent, bestiaux, esclaves, avec quoi ils faisoient valoir des terres, moyennant un cer-tain prix qu’ils en rendoient aux propriétaires, ou bien les Maîtres les établissoient à laconduite des autres serfs & au recouvrement de leurs revenus. On en comptoir de 3.espèces, les Lides simples, les Fiscatins & ceux de l’Eglise ; mais de quelque état qu’ils

fussent