Mémoires Historiques
fussent, ils étoient sujets à la poursuite de leurs Patrons & ne pouvoient se soustraire àla puissance foncière qu’ils avoient fur lui. II y a même apparence que leurs Enfansretomboient dans la servitude, sur tout íì ces Enfans se trouvoient petits au tems de làmort de leurs Pores.
XI. Des Serfs.
E NFIN les Serfs & les gensdePoûest, étoient la derniere & la plus nombreuse es-pèce des habitans de la Gaule. Mais leur condition étoit bien disséreríte de celledes esclaves Romains, quoique leur nom fut pareil. Car, ainst que Tacite l’a remar-que au sujet des Germains, les François n’employoient point leurs lerfs au service inté-rieur de leurs maisons, mais ils leur donnoient des terres à cultiver & des maisons àhabiter, où chacun vivoit à fa maniéré, en payant au Maître une redevance arbitrairede fa part : Suam quisquesedern, suos Pénates régit ; frumenti modumDommus autpecoris, <xutveftis ut colono injungit C? servus hadlenus parèt. C’est auíïï pourquoi on les nomma serfsde Glebe, servi adjcrìpti Glebae ; serfs de Masse, servi Massarii ; & serfs cassez , servi cas-sati. On les vendoit néanmoins au Marché pour un prix que la Loi fixe entre 15 &25 fr. * mais que les talens de l’efclave ou fa figure augmentoient souvent du trouble.On peut même remarquer à ce sujet que la haute taille étoit déterminée par la Loi desAllemands à 13 paumes & au pouce plié.
Ces hommes étoient non seulement censez de condition ignoble & servile, mais ilsétoient incapables de porter témoignage en justice & rejetiez du bénéfice de toutes lesLoix, assujétis d’ailleurs a une obéissance exacte & punis avec la derniere sévérité desmoindres fautes. Or quoique cette condition nous paroisse bien misérable, il est pour-tant vrai qu’elle étoit plus douce que la servitude Romaine, quand il n’y auroit eu quela jouissance d’une demeure séparée & fa propriété de ce que le Maître n’éxigeoit paspour lui.
Les Loix expriment ces différentes espèces de servitude par les 6 Causes qui redui-soient les hommes à cette condition, la Naïssimce ; le Fait, comme lorsqueles Gauloisdevinrent serfs par une force étrangère ; la Punition ; l’Achapt ; le Don d'un autre oude foi-même ; & la Rédemption qui étoit une servitude à tems, par le moyen de la-quelle on compensoit le service d'un certain nombre d’années contre une somme duë& exigible : toutes ces causes ne font pas de difficulté, à l’éxception de celle du Donde soi-même ; car on ne conçoit pas fans peine qu’un homme libre pût volontairementse livrer à l’esclavage. Cependant on voit par l’histoirc du tems que ce n’étoit pasune chose bien rare, les uns voulant acquérir & mériter la protection de quelque Grand ;d autres pour éviter la nécessité, quand leurs biens ne suffi soi en t pas pour payer les a-mendes ou ils étoient condamnez. Cette derniere raison étoit particulière aux Francs& en priva plusteurs de la Liberté & p ar conséquent du droit de la Conquête. Enfind’autres fe jettoient dans ces éxtremitez par dévotion, se donnant à des Eglises, eux& leurs familles à perpétuité-. On voit que par ce principe S. Martin acquit un pro-digieux nombre de serfs dans les premiers siècles- & l’on sçait que la Ville d’Altrech,avec son territoire, se donna toute entiere à ce Saint ; en sorte q ue les Bourgeois neprenoient point de titre plus honnorable que celui d’esclaves de S. Martin. D’ailleursla servitude des Eglises étoient ordinairement fort douce, quoiqu’il fe trouve des exem-ples de médians Prélats; mais comme l’on ne íupposoit pas que ce fut une chose com-
X mune,
Tacite, deMor. Ger.c. zy.
* ou Solsíòlidi quiéto'e.ittout au-tres quenos i’o!sd’aujour-d’hui.