Mémoires H i s t o r i q. u b : s. 39
ïêcs y périssoient, ou qu’il n’y avoit plus de lieu pour renfermer les diverses matières Finances'qui dévoient y être portées, parce qu’il ne s’en pouvoit faire par tout une égale con-sommation, on laissa au Magistrat supérieur le pouvoir de commuer le tribut en ar-gent, à la charge d’en rendre compte & de tenir les Magazins suffisamment pourvuspour les cas imprévus.
De cet usage il s’en forma presque aussi-tôt un autre, ç’est que les comptes étantembarrassans & pour celui qui les doit rendre & pour celui q U i i es <sost écouter, onchercha le moyen de les en décharger tous deux. L’expérience avoit fait connoítreles lieux où les Magazins réels étoient indispensables,, à cause du paílage & de la rési-dence des armées; elle avoit pareillement montré de quels endroits ces magazins dé-voient tirer leurs fournitures ; il n’en faloit pas davantage pour faire aussi connoítrequels étoient les lieux rédimables, c’est à dire, ceux où l’on pouvoit recevoir de l’ar-gent à la place des denrées, fans diminuer la subsistance des troupes ; Ht cela posé, a-près avoir ordonné que les Hauts Magistrats pouvoient faire apprécier la coite dechaque terre pour en retirer la valeur à la place de la denrée, on passa jufqu’à dres-ser des Rolles de l’argent que pourroit produire chaque Duché, ou Comté, par cettecommuation de tribut ; & cela fait, comme le Comte ou le Duc avoit l’intendancedes Magazins, il eut auffi celle de l’argent qui en tenoit lieu : mais parce qu’il faloiten revenir au compte du produit, chose sujette aune infinité d’inconveniens, on retranchatoutes les difficultez, en obligeant ces mêmes Officiers de rendre un certaine sommeau Trésor & d’en donner des Cautions sûlvables, avant qued’entrer en fonction de leurscharges, sauf à eux d’en faire le recouvrement sans concussion, fans violence & fansfraix, de telle forte qu’il n’en arrivât point de plaintes.
Ces faits ne font point avancez fans bonnes preuves, & j’en donnerai Grégoire deTours pour garand-, non qu’il ait traité éxpreíïement ces matières, mais parce qu’enrapportant ce qui s’est passé de son tems, il raconte des faits qui font une allusion sen-sible à la police que je décris ici. Par éxemple, on voit par l’histoire du Juif Armen- Gre S-tarius, lequel futjetté dans un puits avec ses compagnons, lors qu’il vint à Tours pouréxiger le payement des Cautions que le Vicaire Injuriosus & le Comte Eunomius avoient c -données en entrant en charge ; on voit, dis-je, qu’il nV a aucun lieu de douter que lesVicaires & les Comtes ne donnassent des Cautions au Fisc, pour le payement qu’ils a-voient à faire des tributs dont leur charge les obligeoit à faire le recouvrement.
Pareillement dans l’histoire que le même Auteur rapporte de la Commission donnéepar le Roi Childebert d’Austrasie, à Florentianus, Maître de fa Maison, & à RomulpheComte du Palais, pour, fur la demande de l’Evêque de Poitiers, faire un nouveau rolledes terres tributaires de son Diocèze, on voit qu’il y avoit un rolle plus ancien, maisque les poste sieurs des terres etoient tous chargez, en forte que pour le recouvrementon inquiétoit ceux qui ne poffedoient plus & l’on ne demandoit rien à ceux qui possé-doient ; ce qui justifie que le tribut n’étoit dû que pour les terres, & au lieu de la con-tribution en espèces qu’elles dévoient aux Magazins publics. Grégoire raconte ensuitede quelle maniéré les Commissaires vinrent dans la Touraine, pour y faire unpareil règlement, & c’est de-là que je tire la preuve que l’on ne foumettoit à l’impôtpécuniaire que les Provinces où l’abfence des troupes rendoitles Magazins inutiles. Lanéceffité d abréger ces réflexions m’oblige de me renfermer dans ces deux exemples,quoique je pusse en produire plusieurs autres.
Mais je ne puis m’empêcher de prévenir U ne objection qui se peut faire naturelle-ment contre cette Discipline des François & contre íes louanges que je leur ai ci-devantprodiguées, au sujet de l’abolition des impôts pécuniaires ; car outre qu’en mettant lamagistrature & la régie des impôts dans les mêmes mains, il semble que c’étoit livrerle peuple au pillage & tomber dans le défaut que nous avons reproché à la politiqueRomaine, il est certain que l’on ne découvre pas d’abord la différence que j’ai vantée,
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