Mémoires Historiques, 67
baffadeurs, qui répandirent l’argent à la Cour, donnerent 1000 fols d’or à chacun des Ciotairétrois Ministres Varnachere, Gundeland & Chun, & à ce moyen furent reçûs à payer35000 fols d’or au trésor, pour amortir à jamais le tribut qu’ils dévoient à lá Cou-ronne. On ne sçait pas fl Clotaire conserva les villes d’Aoste & de Suze, mais onpeut dire que c’est ici un terrible éxemple de ce que peut l’avidité des Ministres & desconséquences de la trop grande facilité des Princes à cet égard.
En la même année 618, la Reine Beretrude mourut, universellement regrettée duRoi, des Seigneurs & du Peuple, elle fut inhumée à Rouen selon P Auteur de la viede S. Ouen : d’autre côté Alethée, patrice de Bourgogne, fut condamné à la poursuitedu Roi par l’assemblée du Royaume, ayant été convaincu d’avoir attenté à sa vie ; &en Australie la Mairie fut donnée à Pépin, surnommé de Leuden, ayeul de celui quis’empara du Trône même.
En 622, Clotaire appercevant que la distinction du gouvernement d’Austrafie pou-voit être de dangereuse conséquence, céda ce Royaume à son fils Dagobert, âgé pourlors de 17 ans : l’année suivante les Esclavons commenceront la conquête des paisqu’ils occupent encore, aprés s’être fait un Roi d’un marchand de la ville de Sens quitraffiquoit dans leur païs ; il se nommoit Samon & il gouverna avec beaucoup de sa-gesse & de courage.
En 625, Dagobert se rendit à Clichy par l’ordre du Roi son pere & il y épousaGomatrude, sœur de la Reine Sichildesa belle-mere, la cérémonie s’en fit dans Paffem-blée de Neustrie, qui s’y tenoit alors & où Dagobert porta ses plaintes de ce que leRoi son pere, en lui cédant P Australie, en avoit démembré les plus importantes Pro-vinces, ce qui affoibliísoit son Royaume, de sorte qu’il avoit de la peine à le défendreavec ses seules forces & fa plainte mise à l’arbitrage des Seigneurs, Clotaire trouva bonde lui relâcher les terres qu’il s’étoit réservées, à Péxception de la Provence & de cellesqui étoient au delà de la Loire.
En 626, la 43. année de Clotaire, le Maire de Bourgogne, Yarnachere, étant mort,son fils Godin épousa Berthe sa veuve, femme de grand crédit à la Cour : cette Alli-ance incestueuse y fit grand bruit, & Clotaire, persuadé que Godin avoit séduit par demauvaises voyes une femme de cette réputation, le poursuivit à mort. Celui-ci eûtrecours à la protection du Roi Dagobert qui fit divers offices aup rês de son pere & eneffet Clotaire promit de pardonner à Godin, pourvû qu’il renonçât au mariage dont ilS’agiffoit, ce qu’il fit de bonne foi : mais Berthe, dans le désespoir d’être abandonnée,abusant de son crédit, persuada à Clotaire que Godin avoit attenté contre sa vie & qu’ildevoit éxecuter son crime la premiere fois qu’il paroîtroit devant lui. Elle avoit dansson parti deux Grands du Palais, Chramnulphe & Waudebert, lesquels furent chargezpar le Roi de faire jurer à Godin un nouveau serment de fidélité devant les Chasses deplusieurs Saints : ils le firent jurer en effet à S. Medard de Solfions, à S. Denys, à S.
Aignan d’Orleans, puis feignant de Pamener à S. Martin de Tours par Chartres, ils l’as~sassinerent à la Forêt & ce crime demeura impuni. La même année le Duc Equita, ouAegila, qui avoit beaucoup de faveur, accusa un autre Seigneur nommé Palladius &ion fils Senot, Eveque d Auch, d’avoir éxcité une révolte parmi les Gascons : ils furentl’un & 1 autre envoyez en exil, mais la Cour fut bien plus troublée par une accusationd’adultere contre la Reine Sichilde ; car le Roi fit mourir Bazon, fils d’Audeîenus, na-tif d’Etampes, qui étoit soupçonné de ce crime. l’Histoire ne dit point que la Reinefut inquiétée ; peu après le Roi alla tenir le Parlement de Bourgogne à Troyes enChampagne & là fur la proposition qui y fut faite d’élire un Maire, à la place de Yar-»nachere, les Grands penetrez de l’affabilite du Roi, déclarèrent qu’ils aimoient mieuxtraiter directement de leurs affaires avec lui-même. L’Auteur du Gefta Francorum faitmention dans cette année d’une guerre de Dagobert avec les Saxons, en laquelle cePrince ayant couru risque de sa vie fut secouru par son pere qui tua de sa main Ber-
toalde,