Mémoires Historiques. 91
peut imaginer de la part d’Infidelles, qui venoient détruire la Religion Chrétienne & éta- Thimrì?blir la leur par la force & la terreur. La Chronique de Bede dit fur cette année 723,saevijjimam cladetn Saracenì Galliae intulsrunt., & dans l’histoire des Anglois, il ajoutequ’il parut deux Comètes au mois de Janvier, quo tempore gravìjsma Saracenorum luesGallias misera claàe vastabat. Et enfin pour ne point laisser de doute fur l’année, il ditque ce fut celle de la mort du Roi S. Egbert, qui ipso die Pafcbae 8°. Calend. Mail , mì~gravit ad Dominum.
De fi mauvais voisins donnoient une éxtrème inquiétude au Duc Eudes ; malgré lépremier avantage qu’il avoit eu fur eux, il ne pouvoit compter fur la protection desFrançois & de Charles Martel, qu’aux dépens de son Etat : dans cet embarras, il cruttrouver fa ressource dans l’alliance d’un certain Munatius, ou Munit?,a, Chrétien sujetdes Arabes auquel ils avoient confié le gouvernement du petit païs de Cerdaigne ; illui donna fa fille en mariage, dans l’efperance qu’il pourroit, ou tromper les Arabesen fa faveur, ou du moins garder les passages des montagnes avec les troupes qu’iljoindroit aux habitans du païs : ce fut certainement une fausse idée & qui n’a serviqu’à noircir fa mémoire, comme s’il fe fut allié des Arabes pour leur donner entréedans la France : mais à son retour de Provence, Abdurhamer s’apperçût de l’intelli-gence de Munitza avec Eudes, & avant toute autre entreprise il l’assiegèa dans sonChâteau de Cerdaigne, où le manque d’eau l’obligea de fe rendre ; fa tête fut coupée& fa femme qui étoit parfaitement belle, envoyées ensemble au Calisse. Après cela,Abdurhamer songeant tout de bon à sa conquête de la France, assembla la plus puis-sante armée qui sut jamais sortie d’Espagne, il en envoya une partie en Provence poursoutenir & étendre ses dernieres conquêtes, & lui, avec le fort des troupes, s’acheminavers Bourdeaux par le passage le plus facile, qui lui parut être celui de la Gascogne& du bord de la mer ; il n’y rencontra point de résistance, les peuples fuyant de toutesparts devant lui pour chercher retraite au delà des Rivières ; ainsi ses troupes fe ré-pandirent librement dans tout le païs au delà de la Garonne, tuerent une infinité demonde & brûlèrent toutes les Eglises.
Pendant ce tems-là, Charles faifoit tranquillement ses affaires en Allemagne, fansmarquer inquiétude, ni peine de la désolation d’une si grande partie de la France.
II est vray que sa présence étoit nécessaire au delà du Rhin, où l’obéïssance étoit abso-lument contraire au genie des peuples ; c’ est ce qui fit qu’après la mort de Lansiid &la pacification de la Suève, il fe fit voir le long des frontières de la Saxe & passa jus-ques dans la Frise : il étoit bien aise par conséquent de laisser demêler la fusée au DucEudes, qu’il haïssoit & craignoit ; cependant c’étoit effectivement hazarder la Franceentiere à la même disgrâce qui venoit d’éteindre le Christianisme en Espagne. Eudeseut donc. beau reprefenter le péril dont il étoit presié, abandonné à lui-même & à sesseules forces, & n’eut d’autre parti à prendre que celui d’abandonner la Gascogne &de faire ferme derriere la Dordogne avec ce qu’il pût amasser de troupes, espérant queles Barbares s’arreteroient à Bourdeaux, par la difficulté du trajet des rivières, & quependant ce tems-là, les secours de France pourroient arriver ; il y fut trompé : Abde-ram, car c est ainsi que nos Historiens le nommèrent, ayant pris Bourdeaux dont ilbrûla toutes les Eglises, palïà. les deux rivières avec une armée prodigieuse • celle quele Duc lui opposa étoit si foible en comparaison, que malgré toute sa valeur, il futcontraint de ceder au nombre, épargnant ses troupes en habile homme & les réservantpour une plus hûreuse occasion ; cela se passa au commencement de l’année 731. Ro-deric dit au contraire, que le nombre des morts du côté des François en cette occa-sion fut si grand que Dieu seul le pouvoit connoître ; ce qui n’est pas fans vraisem-blance, puis que l’on peut croire que dans une occurrence pareille ce n’est pas le nom-bre des soldats qui manque aux armées, mais la qualité des troupes.
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